DECES DES 98 SOLDATS TCHADIENS : La débâcle aurait été le fait d'une nouvelle rébellion et non de Boko Haram

L'armée tchadienne, engagée dans la lutte anti-djihadiste au Sahel et autour du Lac Tchad, va cesser de participer à des opérations militaires en dehors de ses frontières. Le président, Idriss Déby Itno, ne pouvait être plus clair en déclarant urbi et orbi : «Nos soldats sont morts pour le Lac Tchad et pour le Sahel. A compter d'aujourd'hui, aucun soldat tchadien ne participera à une opération militaire en dehors du Tchad». Cette affirmation faite, jeudi, 9 avril, en arabe, devant les caméras de la télévision tchadienne, a été traduite et diffusée en français, le lendemain, vendredi. Afriqueeducation.com avait anticipé en annonçant un tel retrait, dès mercredi, 25 mars 2020, soit, le lendemain de la déculottée que venaient de subir les soldats du généralissime 5 étoiles tchadien, grand ami d'Emmanuel Macron (https://www.afriqueeducation.com/politique/massacre_de_boko_haram_le_pr_...).

Très souvent adulé pour ses talents de grand guerrier, notamment, par les Occidentaux, précisément, par les Français, Idriss Déby Itno avait raison, cette fois, de mettre la queue entre les jambes car pour le Napoléon des sables qu'il croit être, la défaite a été cuisante, humiliante : 98 soldats tués, en quelques heures, dans des circonstances qui interrogent :

1°) Le Camp de Bohoma où se sont déroulés les combats, sur une presqu'île du Lac Tchad comptant 200 soldats gouvernementaux militairement mal équipés, sous-payés, mal nourris, mal vêtus, était relié par plusieurs axes tous, étroitement, contrôlés par les éléments de Boko Haram. Ca, Déby ne le dit pas. Après cette longue attaque, les insurgés ont librement quitté leurs positions sans attendre l'arrivée des troupes de Déby qui leur promettait une puissance de feu en guise de vengeance : « Je refuse cette défaite. La réplique sera foudroyante », répétait-il à l'envie comme pour se donner la force mentale de répliquer.

2°) Chose incroyable, les combats ont duré de 7 à 8 heures, sans que les 200 (pauvres) soldats ne bénéficient d'aucun appui ni des soldats tchadiens venant de N'Djamena ou d'ailleurs, ni des soldats de la Force multidimensionnelle (5 pays les composent) qui paradaient dans les environs, ni des soldats de Barkhane dont le dispositif implanté sur la base aérienne de N'Djamena n'est qu'à une petite quinzaine de minutes de la zone où se déroulaient les combats. Personne n'a levé le moindre petit doigt. Pas même les « amis » de Barkhane dont c'est la mission de combattre le terrorisme et le djihadisme sous toutes leurs formes. Ils disposent, à cet effet, d'importants moyens de surveillance qui vont des drones aux radars de surveillance. Leurs gros moyens n'ont rien vu, rien observé, pour aider le « poulain » de Paris.

3°) Les rebelles (appelons les ainsi car tout laisse penser que ce n'étaient pas les djihadistes de Boko Haram), au nombre d'un bon millier, ont eu le temps de venir à bout de la résistance des 200 vaillants soldats de Déby, tuant la moitié d'entre eux, et détruisant le matériel lourd qu'ils ne pouvaient pas emporter, avant de laisser un paysage de désolation.

4°) En signant un décret qui fait « Zones de guerre » les départements de Fouli et de Kaya (frontières du Niger et du Nigeria), cela n'était plus important puisque les localités qui abritaient les soldats de Boko Haram ainsi que ceux de sa branche rivale dénommée l'Iswap, s'étaient vidées, sans combattre, avant l'arrivée des troupes gouvernementales. Venu parader après leur départ, Déby a claironné qu'il les a chassés de ces lieux. En réalité, il n'y a pas eu de combat et les soldats de Déby ont occupé les lieux, totalement, vides (sur notre photo l'hélicoptère de Déby vient d'atterrir à Tchoukou-Naïra au Niger où Boko Haram a préféré replier avant l'arrivée des troupes tchadiennes).

5°) Boko Haram et sa rivale l'Iswap s'étant beaucoup affaiblis ces dernières années, les deux ensemble ne peuvent réunir, de nos jours, 1.000 combattants pour mener une attaque d'envergure. Même si les deux n'étaient pas en conflit, cela relèverait du rêve. Selon plusieurs sources dans la région, le président tchadien est, plutôt, en train de faire face à une nouvelle rébellion tchado-tchadienne, qui a décidé de le chasser du pouvoir, à partir du Lac Tchad, une zone qu'il n'est jamais arrivé à contrôler, depuis qu'il dirige le Tchad. Qui a vaincu par l'épée périra par l'épée, dit la Sainte Bible. Mais c'est vrai que Déby est musulman et non chrétien.

6°) C'est pour faire face à cette menace que Déby a décidé de battre le rappel de ses soldats au Sahel et dans la zone contrôlée par Boko Haram. Premiers contingents touchés : ceux du Nigeria et du Niger, en attendant les 500 militaires récemment envoyés pour sécuriser la zone des trois frontières du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Déby sent que son pouvoir est mis en danger à cause de son extrême marchandage des troupes tchadiennes à l'étranger. Un marchandage qui ne profite qu'à lui-même et à sa famille du clan zaghawa et de la première dame Hinda Déby Itno. Toutefois, le retour de ces troupes ne sera pas chose aisée car le président tchadien a signé des accords préalables à tout envoi de soldats. Va-t-il dégarnir Pierre pour habiller Paul ? Il faudra qu'il se débrouille en ménageant la chèvre et le chou.

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