DECOLONISATION : Eclats de voix entre le Maroc et le Sahara occidental aux Nations-Unies

Mardi, 14 juin, au Comité spécial de la décolonisation des Nations-Unies, à New York, avant de pouvoir dénoncer le statut du Sahara occidental comme « la dernière colonie d'Afrique », les délégations ont, d'abord, subi un échange vigoureux entre leur président et le représentant du Maroc opposé « sur la forme et sur le fond » à ce que le Comité entende le pétitionnaire du Front Polisario.

Sur la forme, s'est expliqué le représentant du Maroc, parce que le Front Polisario n'a pas demandé, officiellement, à intervenir en tant que pétitionnaire et sur le fond, parce que ce pétitionnaire prétend représenter toute la population « de la Province du Sud » alors qu'il n'en est rien.  Le président du Comité spécial a décelé une manœuvre pour bloquer les travaux, avant de se voir reprocher un non-respect des règles et des procédures, par la partie marocaine : « Vous n'êtes pas au Venezuela, vous ne pouvez pas faire ce que vous voulez, vous êtes aux Nations-Unies ici », a lancé, sèchement, le représentant du Maroc, au président du Comité qui est un ressortissant du Venezuela, constatant que c'est la première fois, depuis 50 ans, que l'on est dans une telle situation.  Face à la persistance du Maroc, le président du Comité spécial a décidé de suspendre la séance et de demander à tous les non-membres du Comité, y compris le Maroc, de quitter la salle.  En fin de séance, il a annoncé que conformément à la décision du Bureau du Comité, le Front Polisario pourra s'exprimer « cette année comme les années précédentes ».

Les délégations ont tout de même pu commenter la situation de « la dernière colonie d'Afrique », inscrite depuis 53 ans à l'ordre du jour du Comité, a rappelé le représentant de Cuba, alors que l'Assemblée Générale et le Conseil de sécurité ont adopté près de 40 résolutions, a souligné son homologue du Venezuela.  Le peuple sahraoui, a ajouté le représentant de l'Ouganda, a fait confiance à l'ONU et a collaboré à tous les processus « avec loyauté, patience, générosité et souplesse ».  En janvier dernier, l'Union africaine (dont le Maroc n'est pas membre) a appelé l'Assemblée Générale des Nations-Unies à fixer une date pour l'organisation du référendum d'autodétermination au Sahara occidental.  Le Comité doit inclure cet appel dans les recommandations qu'il fera à l'Assemblée Générale, un appel qui a été confirmé par le représentant de la Namibie « née elle-même d'un héritage colonial amer avec une route vers l'indépendance qui a commencé par des pétitions dans les couloirs de l'ONU ».

Dans sa démarche prospective « certes délicate mais courageuse », le Comité, a précisé le représentant de la Côte d'Ivoire, ne doit pas oublier les paramètres de la résolution 1541 de l'Assemblée Générale qui sont susceptibles de contribuer « significativement » à la recherche de solutions spécifiques et définitives.  Le représentant a cité les trois paramètres que sont l'indépendance, la libre association à un Etat indépendant et l'intégration audit Etat.  Il a estimé que le Plan marocain visant à accorder une large autonomie apparaît comme le gage de la volonté du royaume du Maroc de rechercher une solution définitive à cette question.

Il s'agit là d'une proposition, mutuellement, avantageuse comme en atteste l'appui du Conseil de sécurité, a acquiescé le représentant du Maroc.  Par sa proposition, a-t-il dit, mon pays a montré sa détermination à mettre fin au différend régional et il revient, maintenant, aux autres parties de prouver leur volonté politique d'aller de l'avant parce que le statu quo n'a aidé aucun de ceux qui aspirent au développement.  

La patience du peuple sahraoui ne saurait être considérée comme acquise, a prévenu le représentant de l'Algérie, ajoutant qu'il n'y a pas d'alternative à l'exercice du droit à l'autodétermination.  Comme plusieurs délégations, il a invité le Comité à effectuer une visite sur place pour prendre toute la mesure du problème.  D'autres ont demandé au Comité d'organiser une session extraordinaire sur la question du Sahara occidental.

Le Maroc ayant expulsé la composante civile de la Mission de l'ONU pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (MINURSO), le représentant de l'Algérie a lancé une mise en garde : « Les résolutions du Conseil de sécurité doivent être bien lues et bien entendues ».  La dernière, la résolution 2285 du 29 avril 2016 prie le secrétaire général (notre photo pendant sa visite au Sahara occidental en mars 2016) de faire savoir au Conseil, dans les 90 jours, si la Mission peut de nouveau exercer pleinement son mandat.  Le Conseil prévient que dans le cas contraire, il entend « examiner les meilleurs moyens de parvenir à cet objectif ».

Plusieurs délégations ont rendu hommage à Mohammed Adelaziz, président de la « République arabe sahraouie démocratique », « un homme qui a consacré toute sa vie à la lutte pour l'indépendance et contre la colonisation ».  Le représentant de l'Afrique du Sud a voulu que le Comité honore sa mémoire en veillant à ce que la troisième Décennie contre le colonialisme 2011-2020 coïncide avec la pleine mise en œuvre de la Déclaration sur l'octroi de l'indépendance aux pays et aux peuples colonisés.

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