ELECTIONS SUD AFRICAINES : Zuma sur un siège éjectable

Le turbulent président sud-africain, Jacob Zuma, peut-il perdre son siège, à l'issue d'un vote fatal, lors des élections municipales du mercredi, 3 août ? Assurément, oui, si l'ANC arrivait à perdre deux ou trois grandes villes, comme Johannesburg, Pretoria, Durban. Zuma deviendrait un « loser » pour beaucoup de dirigeants de son parti qu'il tire, de plus en plus, vers le bas, depuis qu'il n'arrive pas à se sortir de ses démêlés judiciaires.

"Des millions de nos partisans doivent aller voter pour l'ANC et permettre à leur mouvement de continuer à améliorer la vie des gens", a, sans honte, lancé Jacob Zuma, lors d'un rassemblement dans un stade bondé du centre de Johannesburg. Johannesburg, une ville, justement, sur la sellette dans la mesure où elle peut basculer vers l'opposition. Ce serait une mini-catastrophe pour l'ANC. Et une fatalité pour son chef, Jacob Zuma. Il faut, donc, serrer les coudes.

"Chaque vote compte", a-t-il martelé, rappelant le combat historique de l'ANC contre l'apartheid et l'héritage de l'ancien président et prix Nobel de la paix Nelson Mandela.
Le parti de Jacob Zuma, qui contrôle la majorité des 278 municipalités du pays, apparaît affaibli par plusieurs scandales de corruption et un mécontentement grandissant de la population.

Le scrutin de mercredi sera un test pour l'ANC, alors que l'économie sud-africaine - la plus industrialisée du continent - se débat avec un taux de chômage record (26,7%) et que Jacob Zuma est empêtré dans plusieurs scandales de corruption et d'abus de biens sociaux. Une véritable honte pour le pays de Nelson Mandela dont on connaissait la droiture et la rectitude.

Le principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA), à la tête de la ville du Cap, capitale parlementaire, compte profiter de ce contexte pour s'emparer de plusieurs municipalités stratégiques. Selon un dernier sondage, Ipsos, la capitale économique, Johannesburg, la capitale politique, Pretoria et la ville portuaire de Port Elizabeth (Sud-Est) sont menacées.

La situation économique du pays représente, également, un boulet pour l'ANC, alors que nombre de ses électeurs traditionnels sont issus des classes défavorisées, les plus touchées par le chômage. Le 21 juillet, la Banque centrale sud-africaine a revu, à la baisse, ses prévisions de croissance à 0% pour 2016. Autrement dit, le chômage va s'accélérer.

Le second mandat de Jacob Zuma, âgé de 74 ans, expire en 2019. La Constitution lui interdit de briguer un troisième mandat, mais, l'ANC pourrait le remplacer avant les prochaines élections générales si le parti enregistrait une cuisante défaite aux municipales, soulignent plusieurs observateurs. Voilà pourquoi Jacob Zuma est, réellement, sur un siège éjectable. En cas de perte de deux ou trois grandes villes, le parti acterait, vite, son départ du pouvoir, afin de mieux préparer les échéances de 2019. On comprend, aussi, pourquoi son ancienne épouse, Xhosazana Dlamini-Zuma a rejeté, avec fracas, la possibilité d'un deuxième mandat à la tête de l'Union africaine, où elle avait mené une guerre de tranchées au Gabonais, Jean Ping, en 2012. Aujourd'hui, elle abandonne ce poste pour courir derrière un autre, plus important, en Afrique du Sud, laissant l'UA sans président de la Commission.

Mardi, 26 juillet, la justice avait donné 45 jours à Jacob Zuma pour rembourser, à l'Etat, près d'un demi-million de dollars dans le scandale de sa résidence privée de Nkandla.
De son côté, l'Alliance démocratique (DA) appelle ses électeurs à "punir" l'ANC. Ce parti, dirigé par un jeune noir, revendique, aussi, l'héritage de Nelson Mandela.

Il n'y a pas que la DA qui empêche Zuma de dormir. Son ancien chef de la jeunesse de l'ANC, Julius Malema (notre photo), qui a créé son propre parti, Les combattants de la liberté économique, entend, clairement, chasser sur le terrain de l'ANC, ce qui accroît l'inquiétude de Zuma. Il est cerné de tout côté.

"Dans une démocratie, vous n'avez pas à rester fidèle à un parti pour toujours; si ce parti vous trahit, vous avez l'occasion de le punir", a lancé le dirigeant de la DA, Mmusi Maimane. "Ce n'est pas parce que vous avez voté pour l'ANC jusqu'ici que vous devez voter pour elle pour toujours."

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