ETATS-UNIS : Les anti-racistes américains commémorent la fin de l’esclavage dans la rue

Contre le racisme, l’oppression et les violences policières…, des milliers de personnes ont manifesté et célébré le 155e anniversaire de l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis, vendredi, 19 juin, dans un contexte de tensions raciales, qui secouent le pays depuis la mort de George Floyd.

« Dire que les vies noires comptent » : à travers des rassemblements, souvent festifs, des milliers d’Américains ont célébré vendredi 19 juin le « Juneteenth », le 155e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, exalté par les tensions raciales qui secouent le pays depuis la mort de George Floyd.

« Je suis une femme noire, je vis dans ce pays depuis 20 ans et je suis là pour dire que les vies noires comptent, celles de mes enfants et de mes frères, pour que l’on puisse vivre dans un pays sûr », confie Tabatha Bernard, 38 ans et originaire de Trinidad-et-Tobago, dans l’imposant cortège de New York.

Des célébrations du « Juneteenth » (contraction de juin et de 19 en anglais), ce jour de 1865 où les derniers esclaves ont été libérés au Texas, ont été observées dans les quatre coins du pays.

A Washington, les protestations dénonçant « le racisme, l’oppression et les violences policières » se sont d’abord concentrées autour du monument en mémoire à Martin Luther King à l’appel des professionnels des clubs locaux de basket-ball.

Près de la Maison Blanche, la manifestation était festive sur la nouvellement baptisée « Black Lives Matter Plaza » où des centaines de personnes ont dansé au son de la Go-Go Music avant de défiler dans les rues du centre-ville.

« On ne pourra pas éliminer tous les policiers racistes », explique Joshua Hager, 29 ans, mais « nous voulons en virer la majorité et leur faire rendre des comptes ».

Sa compagne, Yamina BenKreira, souhaite que l’histoire des Africains-Américains soit mieux enseignée pour que les jeunes « prennent conscience » des discriminations.

Ces dernières semaines, les appels en faveur d’un déboulonnage de monuments à la gloire de soldats confédérés qui pullulent dans le Sud du pays, se sont justement multipliés (sur notre photo la statue du général confédéré Albert Pike mise à terre à Washington dans la nuit du 19 au 20 juin).

Aux racines de ce mouvement, qui a ravivé les plaies raciales de l’Amérique : la mort de George Floyd, Afro-Américain de 46 ans, asphyxié par un policier blanc qui l’avait arrêté fin mai à Minneapolis.

Soixante ans après le mouvement pour les droits civiques, la minorité noire (13 % de la population) reste la grande oubliée de la prospérité. Plus pauvre et en moins bonne santé, elle est sous-représentée au niveau politique et surreprésentée dans les prisons.

Des manifestations monstres, parfois, émaillées de violences, pour dénoncer cette situation ont continué après la mort d’un autre Africain-Américain, Rayshard Brooks par la police d’Atlanta le 12 juin.

Comme à Minneapolis, le policier en cause a été limogé, puis, inculpé de meurtre.

Dans une autre affaire, la mairie de Louisville, dans le Kentucky, a annoncé le licenciement d’un policier impliqué dans la mort d’une infirmière noire, Breonna Taylor, tuée dans son appartement en mars.

S’il a dénoncé les morts de George Floyd et Rayshard Brooks, Donald Trump a, surtout, dirigé ses prises de parole contre les manifestants, appelant régulièrement à « la loi et l’ordre ».

Le milliardaire républicain qui brigue un second mandat renoue, samedi, 20 juin, avec ses meetings de campagne à Tulsa, dans l’Oklahoma. Il avait suscité l’indignation en choisissant la date symbolique du 19 juin et a dû le reporter au lendemain.

La ville reste hantée par le souvenir d’une des pires émeutes raciales de l’histoire, où jusqu’à 300 Africains-Américains ont été massacrés par une foule blanche, en 1921.

Craignant des débordements alors que plus de 100 000 personnes sont attendues dans le comté de 650 000 habitants, le maire avait décrété un couvre-feu partiel jusqu’à dimanche, mais, le président a obtenu son annulation. « Amusez-vous bien », a-t-il écrit sur Twitter à ses partisans.

A la veille de ce meeting, lors duquel Donald Trump espère donner un nouvel élan à sa campagne, le « Juneteenth » a donné lieu à une fête de rue familiale.

Chris, homme noir de 30 ans, y a moqué le président, qui affirme avoir rendu cette commémoration « très célèbre ». « Aucun de ses partisans ne peut prétendre ignorer le passé raciste de sa grande Amérique », assure-t-il.

Joe Biden a qualifié les propos de son adversaire à la présidentielle de novembre de « grotesques ».

Aux descendants de Harriet Tubman et Frederick Douglass, anciens esclaves noirs figures emblématiques de l’abolitionnisme, l’ancien vice-président d’Obama a dit en ce jour de commémorations, sa « confiance » dans la poursuite d’une justice raciale aux Etats-Unis.

Avec AFP

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