ETATS-UNIS/AFRIQUE : Une (très décevante) diplomatie à minima

Quand Hillary Clinton s'est fait battre à la présidentielle de l'année dernière, on a compris que la démocratie en Afrique connaîtrait un frein pendant quatre ou huit ans, le temps que Donald Trump retourne dans ses affaires privées. C'est vrai que Barack Obama, pendant ses deux mandats à la Maison Blanche, était comme un chien qui aboyait (en faveur de l'instauration de la démocratie en Afrique) sans jamais mordre aucun dictateur, contrairement, à Hillary, qui sans avoir le pouvoir d'Obama, se montrait plus mordante, percutante, dans bien de dossiers. On se disait alors qu'une fois installée, avec les pleins pouvoirs, à la Maison Blanche, elle soutiendrait, réellement, les peuples africains désireux de faire partir leurs bourreaux. Mais, contre toute attente, le volubile Trump s'est installé, avec une toute autre vision : il préfère composer avec les dictateurs et autres hommes forts (sauf quand il s'agit de camarades Maduro et Kim Jung-un) parce qu'ils sont capables de maintenir la paix et la sécurité dans leur pays. Il préfère commercer avec les pays stables au lieu d'y envoyer des sacs de blé pour nourrir les réfugiés. Bref, avec lui, c'est Trade et non Politics. Sauf quand Washington a un cas (personnel) à résoudre comme celui de Robert Mugabe en ce moment. Il s'agit, ici, d'un cas pathologique. Dans les dossiers africains, c'est la prudence totale. L'administration Trump préfère faire le minimum aux Nations-Unies et s'abstient de prendre aucune initiative, conforme à son rang de super-puissance mondiale. C'est cette diplomatie africaine à minima que le secrétaire d'Etat, Rex Tillerson, insuffle en Afrique, continent dont s'occuperait beaucoup plus sa collègue, Nikki Haley, l'ambassadrice US aux Nations-Unies. En réunissant les chefs africains de la diplomatie, à Washington, que pouvait-il leur dire de bon ?

Après dix mois de somnolence généralisée, le secrétaire d'Etat, Rex Tillerson, s'est, subitement, réveillé, en réunissant, vendredi, 17 novembre, à Washington, 37 ministres africains des Affaires étrangères (notre photo). En dix mois de secrétariat d'Etat, il n'a effectué aucun déplacement en Afrique, contrairement, à ses prédécesseurs de l'administration Obama. En rencontrant ses homologues africains, il leur a déclaré que l'administration Trump souhaitait recentrer la relation entre les Etats-Unis et l’Afrique afin de promouvoir le commerce et profiter du formidable potentiel qu’offre le continent. Tillerson, en faisant cette ...lumineuse déclaration n'invente pas le fil à couper le beurre. Dès le départ, on savait que l'arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche allait renforcer les dictateurs dans leur volonté de s'éterniser au pouvoir. Depuis qu'il est aux affaires, ces derniers sont dans une situation confortable sur le continent noir. Cependant, la réalité, comme à chaque fois en diplomatie est à lire ailleurs. De retour d'une tournée en Asie où l'offensive chinoise est en train de, complètement, éclipser les intérêts (économiques et financiers) de Washington dans le monde, et surtout, en Afrique qui est le continent qui va tirer la croissance mondiale vers le haut pendant ce 21e siècle, il était obligé de se bouger.

‘D'ici 2050, la population d’Afrique devrait doubler pour atteindre plus de 2,5 milliards de personnes, dont 70% auront moins de 30 ans’, a-t-il déclaré.
Le secrétaire d’Etat a noté que les exportations américaines vers l'Afrique subsaharienne étaient passées de 17 milliards de dollars en 2010 à plus de 25 milliards de dollars en 2014. L'investissement direct en Afrique a atteint 57,5 ​​milliards en 2016.

‘L'Afrique est un marché en pleine croissance avec un potentiel énorme : cinq des dix économies les plus dynamiques du monde se trouvent en Afrique, et les dépenses de consommation devraient dépasser 2 milliards de dollars d'ici 2025’, a-t-il précisé.

Abordant les questions liées à la sécurité, Rex Tillerson a fait remarquer que les Etats-Unis se tenaient aux côtés des Etats africains pour lutter contre le fléau du terrorisme et pour s'attaquer aux causes profondes de l'extrémisme violent. Il a indiqué que Washington aidait 20 pays africains à former, déployer et soutenir plus de 27.000 soldats de la paix africains, cette année, dans des missions des Nations-Unies et de l'Union africaine (UA).

Sans avoir jamais rien dit à personne, c'est après la mort de 4 soldats américains dans le Nord du Niger qu'on a appris qu'en réalité, Washington abritait plus de 6.000 militaires dans presque la totalité des pays africains. C'est près de la moitié des forces françaises, beaucoup plus visibles, et qui suscitent des commentaires acerbes des tenants d'une indépendance authentique de l'Afrique, sans aucune ingérence extérieure d'où qu'elle vienne.

Les plus populaires