ETATS-UNIS/EGYPTE : Le leadership sur la question libyenne accordé à Sissi et non à Sassou-Nguesso

En accueillant ce lundi, 3 avril, son homologue égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, le président américain, Donald Trump (notre photo), avait la ferme volonté de renforcer les liens entre les deux hommes, et de mettre en sourdine les critiques sur les droits de l'homme de l'administration Obama. Avec l'arrivée de Trump, à la Maison Blanche, les dictateurs d'Afrique se frottent les mains. Voilà pourquoi Sassou courait le rencontrer, en janvier, aux Etats-Unis. Objectif : consolider ses rapports avec lui afin que Trump ne regarde jamais comme il zigouille ses compatriotes.

Contrairement à Sassou qui jouait l'opportuniste, l'homme fort de l'Egypte, lui, avait, fortement, soutenu Trump au moment où personne ne lui accordait la moindre chance d'accéder au pouvoir. D'autre part, il fut l'un des premiers (grands) chefs d'Etat à féliciter, chaleureusement, le républicain lors de sa victoire surprise. Trump, pour sa part, lui a téléphoné le 25 janvier, au lendemain de son investiture. Sissi fut, d'ailleurs, le premier chef d'Etat africain (avant le Nigérian Buhari) à être appelé par le nouveau président américain. Le Burundais, Pierre Nkurunziza et Camarade Bob ont, également, rapidement, adressé leurs vives félicitation à l'Américain, sans attendre. Sauf que le petit despote de Bujumbura additionné à Robert Mugabe ne font pas le dixième d'Al Sissi, aux yeux de Trump. Résultat, le tête-à-tête dans le Bureau ovale, ce matin, avait une saveur particulière d'autant plus que l'Egyptien n'avait, jamais, auparavant, été invité à la Maison Blanche par son prédécesseur démocrate, pour avoir mis le (semi)démocrate Mohamed Morsi en prison.

Le magnat de l'immobilier et l'ancien général, qui n'ont pas fait de conférence de presse commune (à proprement parler), s'étaient, déjà, rencontrés, à New York, en septembre, lorsque la campagne battait son plein.
Donald Trump n'avait, alors, pas tari d'éloges sur son interlocuteur : "C'est un type fantastique. Il a pris le contrôle de l'Egypte, vraiment, pris le contrôle".

L'administration Trump loue, aujourd'hui, avec force, celui qui dirige l'Egypte d'une main de fer, saluant ses "mesures courageuses" dans le domaine économique et dans la lutte contre le terrorisme.
La lutte contre le groupe djihadiste Etat islamique (EI), mais aussi, la façon dont la Maison Blanche entend esquisser des propositions sur le conflit israélo-palestinien, et le conflit libyen pour lequel Sissi avait, longtemps, prêché dans le désert du temps d'Obama, sans jamais être entendu, ont été au coeur des discussions. Autant donc le dire : l'interlocuteur africain dans le dossier libyen, c'est l'Egyptien Sissi et non Sassou-Nguesso. En effet, pour Washington, au moins, Sissi ne parle pas pour parler. Il dispose d'une armée aguerrie au combat avec qui Trump peut discuter, et puis, la Libye partage une longue frontière de plus de 1.100 kilomètres avec l'Egypte, ce qui donne un caractère inclusif à la responsabilité du président égyptien.

Mais la rencontre a-t-elle donné, aussi, de précieuses indications sur la façon dont le nouvel occupant de la Maison Blanche entend aborder la question des droits de l'homme avec des dirigeants montrés du doigt sur ce thème ? Sur ce plan, le dictateur congolais devrait, sans doute, se frotter les mains, lui qui passait pour être le mouton noir de l'administration Obama. Comme Sissi lui-même.

En effet, Obama avait gelé son aide militaire à l'Egypte, en 2013, après la destitution du président islamiste, Mohamed Morsi, et la répression sanglante de ses partisans.
Mais le rôle incontournable de l'Egypte, le plus peuplé et le mieux armé des pays arabes, avait poussé la Maison Blanche à infléchir sa position et à reprendre les livraisons d'armes lourdes en 2015.

Les Etats-Unis allouent, chaque année, environ, 1,5 milliard de dollars d'aide à l'Egypte, dont 1,3 milliard dans le domaine militaire. Mais, plus du double à Israël qui est considéré comme le 51e Etat américain.
La Maison Blanche, qui vient de lancer un débat budgétaire qui s'annonce houleux sur fond de réduction drastique de l'aide internationale, a promis de maintenir un niveau d'aide "fort" à l'Egypte. Mais Trump ne s'est, pour le moment, engagé sur aucun chiffre.

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