EUROPE-AFRIQUE : Ce qu'Emmanuel Macron doit savoir avant de rencontrer les chefs d'Etat du continent.

Alassane Ouattara ayant la notion du beau, on peut lui faire confiance : il organisera le Sommet Europe-Afrique de telle sorte qu'on s'en souviendra, plusieurs années encore. Alors que la femme la plus puissante de l'Union européenne, l'Allemande, Angela Merkel, attend encore des accords d'alliance pour former son gouvernement, le jeune président français, Emmanuel Macron, sera la principale attraction du Sommet, côté européen. En Afrique francophone, aussi. Françafrique oblige ! Le Sommet se tiendra en Abidjan, en Côte d'Ivoire, le principal pôle continental où s'exerce, encore, la domination (l'influence) française en Afrique noire, bien loin des pays comme le Gabon. En attendant ses différents discours, à Ouagadougou, à Accra et dans la capitale économique ivoirienne, voici quelques points de repère qu'Emmanuel Macron devra intégrer dans ses notes.

Il paraît qu'il va définir sa politique africaine pendant cette tournée (Emmanuel Macron avec les présidents du G5 le 2 juillet au Mali). Ce serait une excellente chose car ses prédécesseurs, François Hollande et Nicolas Sarkozy, étaient champions toutes catégories de l'improvisation et de la navigation à vue. Ils ont eu, chacun, un mandat à l'Elysée sans qu'on sache, d'une part, comment ils entendaient faire pour rendre les relations franco-africaines, mutuellement, bénéfiques (dans le sens gagnant-gagnant des Chinois), et, d'autre part, comment rendre quelque peu l'image de l'ancienne puissance colonisatrice moins mauvaise. Deux exemples qui fâchent (beaucoup) et qui resteront, pendant longtemps, en travers de la gorge des Africains :

1) La destruction de la Libye et l'assassinat de son Guide, le colonel Kadhafi, action menée, principalement, par le président français, Nicolas Sarkozy, en tant que chef du clan occidental des déstabilisateurs de ce pays, avec comme conséquence notable, la traite des nouveaux esclaves africains que CNN a jetée à la face du monde dans un récent reportage, et, surtout, la montée du djihadisme dans la zone sahélo-sahélienne jusqu'au Lac Tchad, à cause de la désorganisation de la Libye où tous ces gens étaient confinés. L'Afrique paie les pots cassés alors que les ressortissants de ce crime contre l'humanité, parcourent, tranquillement, le monde comme conférenciers à près de 200.000 dollars l'unité, sans être inquiétés. Même si les Africains sont moins que des sous-hommes, ils ne peuvent pas ne pas être en colère.

2) La bévue de François Hollande de renvoyer l'ancien président centrafricain, Michel Djotodia, à sa rébellion, alors qu'après avoir pris le pouvoir à François Bozizé par les armes, il ne demandait qu'à organiser l'élection présidentielle à laquelle il ne devait pas prendre part, avant de quitter le pouvoir. Non seulement, François Hollande (qui avant d'arriver au pouvoir ne connaissait rien à l'Afrique) a refusé cette proposition, mais plus grave, il a fait armer les miliciens (chrétiens) anti-balakas, pour contrer l'influence militaire des miliciens sélékas (musulmans) sur le terrain. Cette accusation a été faite par son meilleur partenaire militaire en Afrique : le président du Tchad, Idriss Déby Itno, qui sait de quoi il parle. C'est ainsi que la guerre religieuse (qui n'existait pas avant dans ce pays) a été créée de toutes pièces. Elle fait, aujourd'hui, des ravages insoupçonnés, malgré l'action conjuguée de la MINUSCA et des leaders religieux, à savoir, le cardinal, Dieudonné Nzapalainga (catholique), l'imam, Kobine (islam) et le pasteur, Nguerekoyame-Gbangou (protestant), afin de faire revivre le vivre-ensemble centrafricain de l'avant conflit.

Emmanuel Macron, semble-t-il, souhaiterait, plutôt, donner comme priorité à sa politique africaine, l'entrepreneuriat, la jeunesse et l'éducation. Si tel est le cas, il serait, vraiment, loin des préoccupations de l'Afrique. Le président français doit savoir que l'Afrique noire (qu'il veut visiter pour la deuxième fois) est malade des différentes ingérences françaises dans ses politiques intérieures. Ce que demandent les Africains, est simple : Quand la France ne peut pas être sapeur pompier dans une crise ou un conflit, qu'elle ne se transforme pas en pyromane (caché) car, les Africains finissent, toujours, par le savoir.

Le jeune président français s'est entouré de personnalités, à l'Elysée, qui l'aideraient à faire différemment que ses prédécesseurs. Mais, les changements se font toutefois attendre. Néanmoins, si on peut saluer cette initiative, il est souhaitable qu'il ne fasse pas du réchauffé, et comme sur le col de la chemise, qu'il évite d'enlever la poussière en laissant la crasse intacte.

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