FRANCE-AFRIQUE : La colonisation française est-elle « un crime contre l'humanité » ?

Si Emmanuel Macron était mon étudiant, je lui donnerais 20/20 parce qu'il a bien parlé, en sortant, exactement, ce qu'il avait dans le cœur. La vérité est une preuve de courage politique, qui, pour moi, est la première qualité que devrait avoir un homme d'Etat qui aspire à diriger son pays. Aucun Français, qui aspire à diriger le France, ne devrait débiter des contrevérités, s'il veut être en phase avec lui-même, surtout, s'il ambitionne d'avoir des relations correctes avec les anciens pays colonisés.

En Algérie où Emmanuel Macron a tenu des propos courageux et admirables, la colonisation française y a fait des ravages pendant, au moins, 132 ans. Si on ne condamne pas ce crime, doit-on, alors, applaudir ou, tout simplement, passer sous silence, cette mauvaise passe que la France tente, par tous les moyens, de faire oublier, sans réussir ? 67 ans après les indépendances, elle a, toujours, du mal à assumer son passé colonial. Certains de ses dirigeants, surtout, de droite, préfèrent le faire de façon séquentielle : quand ils se rendent en Afrique et que la question leur est posée, ils n'hésitent pas à condamner la colonisation. Mais, dès qu'ils ont reposé les pieds en France, ils renient leurs propos avec des déclarations contraires. C'est ainsi, par exemple, que le candidat de droite, François Fillon, a, logiquement, reconnu le caractère abominable de la colonisation, pendant son voyage, en février, à l'Ile de la Réunion, avant de condamner, fermement, les propos que Macron avait tenus à Alger. La colonisation française est, donc, un problème gênant pour la plupart des hommes politiques de droite et d'extrême-droite.

Il y a quelques années, les députés (de droite) voulaient ressortir, dans une loi, les aspects positifs de la colonisation. Le tollé général que cette intention suscita dans l'opinion publique, permit le classement sans suite de ce texte. Mais, l'intention était bien de combattre l'idée selon laquelle la colonisation n'a fait que des dégâts dans les pays où elle fut pratiquée.

Décédé en décembre 2013, le général, Paul Aussaresses, ancien coordinateur des services de renseignement à Alger, avait, dans deux livres écrits de sa main, en 2001 et 2008, reconnu avoir « torturé et assassiné sans remords » des Algériens. Un témoignage qui lui valut d'être cloué au pilori. On lui reprochait d'en parler. Personne ne devait savoir ce qui s'est, réellement, passé en Algérie. Tout l'establishment politique français lui tomba dessus alors qu'il n'avait fait que témoigner ses propres atrocités d'ancien officier de l'armée française.

La droite et l'extrême-droite françaises se comportent comme si elles regrettaient l'émancipation des peuples africains. Elles sont, totalement, hermétiques au fait que les pratiques de la France, à cette époque, dans les colonies, relevaient de crimes contre l'humanité, comme l'a justement indiqué Emmanuel Macron.

Le candidat du Mouvement En Marche (qui dit être ni de gauche ni de droite) a raison de lancer ce débat. Le seul à avoir suscité, jusqu'à ce jour, l'intérêt d'un sujet qui a contribué, fortement, à ternir l'image de la France en Afrique, alors que les relations franco-africaines auraient dû être ce qu'il y a de plus exemplaire, de plus convenable. Malheureusement, la France fait tout pour cacher son passé hideux, non seulement, esclavagiste mais colonial, et surtout, néo-colonial. Cette fuite en avant n'arrange pas le climat social en France, dans les banlieues où les jeunes Noirs et Arabes issus de l'immigration (donc de la colonisation) évoluent, pratiquement, à la marge de la société. Tôt ou tard, la France sera, ici, aussi, accusée de « crime contre l'humanité » pour avoir laissé une partie de sa population à elle-même, juste parce qu'elle vient d'ailleurs. Des anciens pays colonisés. Que les candidats à la présidentielle réfléchissent à cette situation, pendant qu'il est temps.

Dans les programmes scolaires de l'Education nationale en France, la colonisation est un thème, totalement, biaisé dans sa façon d'être traité. Quand ce thème est abordé, il est, juste, perçu comme une mission civilisatrice divine de la France dans les pays, culturellement, arriérés. Le ministère de l'Education nationale à travers des programmes scolaires orientés, étant un lieu où on conditionne les enfants de cette façon afin qu'ils ne sachent pas le passé (réel) de leur pays parce qu'on en a honte, on voit, très bien que le racisme (qu'on dit vouloir combattre dans les discours) est un problème d'Etat qu'un parti politique (par définition partisan) ne peut pas résoudre.

Honneur à Macron (sur notre photo à la droite de Hamon et de Mélanchon) d'avoir eu le courage de lancer cette polémique en pleine campagne. Les Français-Africains suivent ce débat avec intérêt. Leur bulletin de vote va (sévèrement) sanctionner les tenants de l'ordre ancien, comme le voit, déjà, dans les sondages.

Qu'on le veuille ou non, la colonisation française en Afrique est assimilable à un crime contre l'humanité. Le grand chef des « Insoumis », Jean-Luc Mélanchon, et,dans une moindre mesure, Benoît Hamon, tiennent, exactement, le même langage. Honneur, aussi, à eux deux.

Il est, vraiment, temps, grand temps, que le futur chef de l'Etat français, soutenu par la majorité qui va accompagner sa politique à l'Assemblée nationale, nous aide, à tracer une relation franco-africaine, qui soit digne, décomplexée et, mutuellement, bénéfique.

(1) Ce texte sous forme d'éditorial, est contenu dans le numéro 450 de mars 2017 du magazine Afrique Education, encore, en vente, pour quelques jours chez les marchands de journaux.

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