GABON : L'ancienne Miss du Haut-Ogooué (Marie Madeleine Mborantsuo) au pied du mur

Abdoulaye Bathily, représentant spécial de Ban Ki-moon pour l'Afrique centrale, a noté, vendredi, 9 septembre, avec satisfaction que Jean Ping, qui conteste les résultats provisoires de l'élection présidentielle au Gabon, a déposé, la veille, un recours contentieux devant la Cour constitutionnelle, où deux autres requêtes ont, également, été déposées.

Egalement chef du Bureau régional des Nations-Unies pour l'Afrique centrale (UNOCA), Abdoulaye Bathily estime que cette démarche « est en phase avec ses appels incessants en faveur d'une gestion de cette situation par des voies légales ».

Espérons que son enthousiasme ne sera pas de courte durée car, depuis vingt-cinq ans qu'elle préside la Cour constitutionnelle, en dehors de quelques maigres décisions penchant pour l'opposition pour un poste de député ou de sénateur, ce qui est loin de faire vaciller le régime, Marie-Madeleine Mborantsuo a, toujours, oeuvré, quand il s'agit de la présidentielle, pour la victoire d'un seul camp, celui du PDG (le parti au pouvoir). Ce serait un tremblement de terre, qu'elle change de fusil d'épaule, maintenant, où le clan qu'elle a, toujours, servi et auquel elle appartient, elle-même, est, sérieusement, en danger.

En réalité, l'ancienne Miss du Haut-Ogooué n'a plus rien à perdre : elle est autant impopulaire et honnie au Gabon, comme l'est, le président de la CENAP (Commission électorale nationale autonome et permanente), René Aboghé Ella, dont la maison a été incendiée après qu'il eut annoncé, Bongo Ondimba Ali (BOA) vainqueur de l'élection présidentielle. Malgré cet acte de défiance manifeste des Gabonais à son endroit, Aboghé Ella, accroché à ses privilèges, n'a, toujours, pas démissionné.

Pour sa part, la présidente de la Cour constitutionnelle est sous une double pression. Si elle défie, encore, les Gabonais en disant le droit « façon façon », comme elle l'a, toujours, fait, dans le passé, la Maison Gabon risque de brûler. Contrairement aux assurances que le pouvoir lui donnerait, en ce moment, (pour tenir "ferme"), elle ne sera pas, cette fois, protégée par BOA qui est, de son côté, à la recherche d'un protecteur. Ce n'est pas anodin, du tout, que les grands partenaires du Gabon, comme un seul homme, exigent, pour la première fois, que le vote des électeurs gabonais, compte et ne soit pas inversé. Comme en 2009 en faveur de BOA et au détriment du véritable vainqueur, Mba Obame André (MOA).

Presqu'en choeur, l'Américain, John Kerry, l'Européenne, Federica Mogherini, les Français, Manuel Valls et Jean-Marc Ayrault, le patron des Nations-Unies, Ban Ki-moon, et beaucoup d'autres, ont, clairement, demandé un " ré-comptage"  des voix dans le Haut-Ogooué, et appelé la Cour constitutionnelle, à l' « objectivité et à la transparence ». C'est le sens du communiqué d'hier de Jean-Marc Ayrault, qui montre que, cette fois, la fraude (passée autre fois comme une lettre à la poste) ne sera pas tolérée, en 2016.

Jean Ping a, d'ores et déjà, déclaré qu'il ne faudra pas compter sur lui pour contenir la colère des Gabonais et des Gabonaises qui descendront en masse dans les rues pour défendre leur victoire volée, et que « 2009 ne sera pas 2016 ».

Après avoir demandé, à plusieurs reprises, l'intervention de François Hollande, qui a répondu par Manuel Valls interposé, l'armée française a, considérablement, renforcé ses positions, ces derniers jours au Gabon. La légion étrangère (la vraie pas la clique de « profito-situationnistes » du Palais du Bord de Mer avec comme chef le Béninois Maixent Accrombessi) a déployé quelques centaines de soldats au Gabon au moment où deux bâtiments de la marine française mouillent, déjà, dans les environs de Malabo et de Pointe-Noire, avec tout ce qu'il faut, à bord, pour parer à toute éventualité. S'il est certain que le vote des Gabonais ne sera pas, cette fois-ci, inversé en faveur de BOA, comme en 2009, il faut préciser que pour Paris, ce déploiement militaire (qui a fait perdre le sommeil à BOA en accentuant ses craintes) est expliqué par le souci de préserver la vie des 15.000 Franco-Gabonais qui vivent au Gabon, après que BOA ait été dans la totale incapacité de donner des nouvelles de la disparition, d'au moins, une dizaine d'entre eux, probablement, emportés par les tueries de la garde républicaine soutenue par des mercenaires encagoulés tchadiens envoyés par Idriss Déby Itno, et que Jean Ping, compte dans son bilan de « 50 à 100 morts », depuis le 31 août 2016.

L'heure des choix est arrivée. Hier n'est plus comme aujourd'hui. A Marie-Madeleine Mborantsuo de choisir le camp du droit et de la vérité, ce qui lui permettrait d'entrer par la grande porte de l'histoire du Nouveau Gabon, ou alors, de devenir l'exemple à ne pas suivre, qui serait enseigné dans les facultés de droit des universités africaines.

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