GABON : La France préparerait-elle une « Opération Barracuda » pour déposer Ali Bongo Ondimba ?

Allons droit au but. Ali Bongo Ondimba est loin d'être un saint. Pendant son premier mandat de sept ans, que de fautes ! Que de maladresses ! L'opposition n'a jamais hésité de lui jeter ses erreurs dans la figure pour le discréditer et montrer son incompétence. Au sein, même, de la majorité au pouvoir, il ne reçoit pas que des compliments. Pour preuve, à un moment donné, il a failli ne pas être investi candidat du PDG (Parti démocratique gabonais) pour un deuxième mandat. Il a dû cravacher dur pour y parvenir, mais, le parti s'est lézardé, avec le départ d'un groupe de députés autour du président de l'Assemblée nationale de l'époque, Guy Nzouba Ndama, qui a claqué la porte. Direction : Opposition radicale animée par le très toujours égal à lui-même, Zacharie Myboto.

Mais, tout cela mis de côté, la France ne se réjouit plus de considérer le Gabon comme « sa chose », sa vache à lait. Exactement, comme Emmanuel Macron, en France, Ali Bongo Ondimba a décrété que le favoritisme était fini et qu'il fallait travailler et coopérer avec les meilleurs, qui présentent le mieux disant qualité/prix.

En effet, la France ne pardonne pas à Ali de s'être affranchi des fameux « liens privilégiés » entre Libreville et Paris, et donc, d'avoir mis fin à la mainmise française sur l'économie gabonaise et le pillage systématique de ses matières premières. Le lobby des forestiers français ne lui pardonne pas d'avoir imposé l'industrialisation de la filière bois avec la transformation, sur place, au Gabon, des bois précieux, ce qui a conduit à la fermeture de plusieurs usines en France et provoqué des milliers de licenciements économiques, qui ont accentué la courbe du chômage dans l'Hexagone (notre photo montrant le président du Niger Mahamadou Issoufou entre le couple présidentiel gabonais le jour de l'investiture, en septembre 2016, d'Ali Bongo Ondimba).

Preuve d'un courage jusque-là inégalé parmi les chefs d'Etat de pays pétroliers d'Afrique : Ali a fait redresser, fiscalement, la toute puissante, Total Gabon, qui devait au fisc gabonais des arriérés d'impôt équivalent au budget national de certains pays d'Afrique de l'Ouest. Ali a demandé et obtenu l'augmentation du Gabon dans le capital d'Eramet dont la filiale gabonaise, Comilog, exploite le manganèse gabonais avant même l'indépendance du pays.

Lors de la passation des marchés publics (que la France gagnait autrefois sur un simple coup de téléphone depuis l'Elysée ou Matignon), les entreprises françaises doivent, maintenant, ramer dur, et comme elles sont loin d'être compétitives par rapport à leurs concurrentes asiatiques, sud-américaines, turques, voire, même australiennes, elles se font doubler à chaque fois. Des exemples comme ceux là, il y en a à la pelle où Ali souhaiterait bien que tel ou tel gros marché soit octroyé à une entreprise française, mais, il ne peut pas balayer du revers de la main, les critères de compétitivité édictés par lui-même, juste pour faire plaisir à chaque fois aux entreprises hexagonales. On croit savoir que le président, Emmanuel Macron, va faire, exactement, en France, ce pourquoi Ali est, actuellement, jeté aux gémonies. Pour Macron, en tout cas, c'est la seule condition de redémarrer la machine industrielle française en panne. Alors pourquoi vouloir déstabiliser (chercher à déposer) Ali Bongo Ondimba qui fait de même au Gabon ?

Ce que tous les Gabonais (surtout ceux qui ont juré de jeter Ali Bongo dans le fleuve Ogooué) ne savent pas, c'est que le principal concurrent d'Ali à la présidentielle d'août 2016 est, lui, prêt à répondre positivement à tous les désirs des entreprises françaises, pourvu qu'on l'aide à s'installer au Palais du Bord de Mer. Celui qui dit être « le président élu » mais qui n'est reconnu par personne, est prêt à brader les intérêts légitimes du peuple gabonais ainsi que sa souveraineté en étant complice actif d'une recolonisation gabonaise dont les Gabonais, eux-mêmes, ne veulent plus.

Après l'échec de ses mots d'ordre, « Ville Morte », « Pays Mort », après avoir demandé à l'armée de prendre ses responsabilités sans être entendu, après avoir cru que la communauté internationale allait l'installer au pouvoir, après avoir pensé que le désordre et les troubles post-électoraux allaient déboucher sur une révolution de palais qui lui serait favorable, le « président élu » s'est ravisé, et compte, aujourd'hui, beaucoup beaucoup, sur Emmmanuel Macron, son prédécesseur, François Hollande, n'ayant pas été, selon lui, à la hauteur de l'aide qu'il attendait de lui.

Voilà pourquoi le « président élu » exploite toutes les possibilités qui s'offrent à lui, même celles qui sont virtuelles. C'est ainsi qu'il avait été le tout premier « président élu » d'Afrique à adresser un message de félicitation à Emmanuel Macron alors que son élection n'était pas encore validée par le Conseil constitutionnel. Par la suite, il a propagé qu'il était invité à son investiture. Mais personne ne l'a vu ni à l'hôtel de ville de Paris, ni au palais de l'Elysée où les deux cérémonies d'investiture furent organisées. Par acquis de conscience, l'ambassade du Gabon prit contact auprès du Quai d'Orsay pour demander comment se faisait-il que le « président élu » fût invité, ce qui est pour le moins inamical sur le plan diplomatique ? Le Quai d'Orsay rétorqua que tout ce qui était dit relevait de l'affabulation et qu'aucune autorité officielle française n'avait invité ce « président élu ».

Profitant cette fois de l'émission sur le Gabon de « Complément d'enquête » sur France 2, il revient à la charge, en s'invitant, une fois de plus, à Paris, pour y faire les mêmes offres. Avant d'arriver, il a arrosé les réseaux sociaux pour faire monter la pression, en rendant publique la demande d'audience qu'il sollicite urbi et orbi auprès du chef de l'Elysée : « C'est en ma qualité de président élu de la République gabonaise et au nom du peuple gabonais, que je viens par la présente missive porter à votre connaissance les faits suivants que tout le monde entier n'ignore pas : à l'issue du reportage de la chaîne de télévision France 2, et du dernier rapport de l'OIF (Organisation internationale de la francophonie), il n'y a plus aucun doute que je suis celui que le peuple a élu le soir du 27 août 2016, tellement les preuves et témoignages sont accablants ».

Et le « président élu » de poursuivre : « Il me semble à cet effet que, compte tenu du contexte, qu'une intervention de votre part est nécessaire. C'est pour cette raison qu'il m'est conduit en tant que président élu de la République gabonaise, à vous demander de bien vouloir m'accorder une audience lors de mon passage en France dès lundi (10 juillet) matin. Bien entendu, cette audience pourra avoir lieu à la date et à l'heure qui vous conviendra le mieux » (fin de citation).

Ce qu'on ne dit pas au président français (qui risque là d'entrer dans des affaires françafricaines dont il n'a aucune envie), c'est que le « président élu », a, déjà, diffusé partout, au Gabon, qu'il va, effectivement, être reçu par le chef de l'Etat français, les détails de cette rencontre ayant été formalisés par ses contacts français de France. On restera, donc, à l'affût de l'audience du « président élu » gabonais auprès de son homologue français qui reste le dernier espoir pour qu'il accède au Palais du Bord de Mer.

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