GENOCIDE RWANDAIS : Le dictateur (5 étoiles) était-il au courant de la présence au Congo d'Augustin Bizimana et de sa mort en l'an 2000 ?

Les restes d'Augustin Bizimana, considéré comme l'un des principaux commanditaires toujours en fuite du génocide au Rwanda en 1994, ont été identifiés dans un cimetière au Congo-Brazzaville, a annoncé, vendredi, 22 mai, le Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux. Si la mort de ce génocidaire remonte à il y a une vingtaine d'années, reste posée la responsabilité de Denis Sassou-Nguesso, qui était, déjà, en fonction, depuis octobre 1997, et qui maîtrisait les va et vient des réfugiés encombrants que son régime accueillait parfois à des fins de déstabilisation et de basses besognes.

Une semaine après l'arrestation près de Paris de Félicien Kabuga, considéré comme le financier du génocide rwandais, c'est désormais le décès d'un autre fugitif qui vient d'être confirmé. Il s'agit d'Augustin Bizimana, l’un des principaux fugitifs accusés d’avoir été l’un des hauts commanditaires du génocide perpétré en 1994 contre les Tutsis au Rwanda.

"Son décès a pu être confirmé à l’issue de l’identification formelle des restes de son corps retrouvés dans un cimetière à Pointe-Noire [République du Congo]", indique le bureau du procureur du Mécanisme dans un communiqué publié vendredi 22 mai.

Bizimana a pris ses fonctions de ministre de la Défense en juillet 1993, quelques jours avant la signature des Accords d'Arusha, qui prévoyaient un partage du pouvoir entre Hutu et Tutsi pour mettre fin à trois ans de guerre civile entre le régime hutu et le Front patriotique rwandais (FPR).

Les derniers espoirs de paix se sont envolés avec l'assassinat le 6 avril 1994 du président hutu, Juvénal Habyarimana, élément déclencheur du génocide. En à peine 100 jours, quelque 800 000 personnes, selon l'ONU, ont été exterminées, essentiellement, parmi la minorité tutsi et les Hutu modérés.

Bizimana était en visite officielle au Cameroun lorsque l'avion du président, Habyarimana, a été abattu. Rentré au Rwanda trois jours plus tard, il a conservé ses fonctions dans le nouveau gouvernement intérimaire mis en place le 9 avril.  C'est sous sa supervision que les Forces armées rwandaises (FAR), les milices hutu Interahamwe et des civils ont massacré systématiquement les Tutsi.

Il est accusé d'avoir orchestré l'assassinat, le 7 avril, de la première ministre hutu modérée, Agathe Uwilingiyimana, ainsi que, de dix Casques bleus belges chargés de sa protection.

Augustin Bizimana a été mis en accusation en 1998 par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Il devait répondre de treize chefs d'inculpation dont génocide, extermination, assassinat, viol ou encore torture, pour des crimes commis dans le cadre du génocide de 1994.

L'acte d'accusation du TPIR dépeint un homme parfaitement à l'aise avec les crimes commis autour de lui.  Bizimana se déplaçait souvent dans le pays et pouvait voir les corps s'amonceler aux barrages tenus par les forces gouvernementales. "En ces occasions, il n'a jamais soulevé la moindre objection à ce qu'il voyait", note l'acte d'accusation.

Le document évoque un épisode lors duquel Bizimana n'a rien fait pour empêcher un membre de son escorte d'exécuter devant lui deux Tutsi, et un autre où il n'est pas intervenu après avoir appris que des soldats enlevaient et violaient des étudiantes tutsi dans une école d'infirmières. "En tant que ministre de la Défense, il contrôlait et donnait ses instructions aux FAR", ajoute cet acte d'accusation. "Il savait et avait toutes les raisons de savoir que ses subordonnés prenaient part à des crimes".

Dès l'année 2000, la rumeur de sa mort, de cause naturelle, avait circulé parmi les réfugiés rwandais au Congo. Protais Mpiranya, ancien commandant du bataillon de la Garde présidentielle des forces armées rwandaises, et cinq autres fugitifs mis en accusation par le TPIR restent quant à eux "activement" recherchés par la justice internationale pour leur participation au génocide.

Depuis la révélation du Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux, le président du Congo-Brazzaville est, fortement, interpellé pour qu'il explique pourquoi il a passé sous silence l'enterrement d'un génocidaire dans la deuxième grande ville de son pays ? Car son point fort étant le renseignement, Sassou ne peut pas dire qu'il ignorait la présence de cet individu dans son pays. On peut même penser qu'il le protégeait afin de l'utiliser dans des opérations de déstabilisation comme il sait le faire avec certains mercenaires centrafricains, rdcongolais, tchadiens et même libériens.

Paul Kagame aurait intérêt à tirer les vers du nez de son  '"ami" et "frère" d'Oyo car tout laisse penser que dans cette affaire de Bizimana, le dictateur (5 étoiles) n'a pas joué franc jeu avec lui (sur notre photo Paul Kagame accueilli à Brazzaville par Denis Sassou-Nguesso en octobre 2016). Comme d'habitude, il a rusé, trompé, manipulé...

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