GUINEE : Le célèbre « professeur » Condé devient-il (enfin) raisonnable ?

Lâché de toutes parts, de plus en plus, isolé, Alpha Condé, reporte le référendum constitutionnel et le scrutin législatif. Objectif : se donner deux semaines supplémentaires pour évaluer le pour et le contre de son jusqu'au boutisme, et surtout, compter les amis (les vrais) qui lui restent et voir s'ils peuvent le sauver.

Après des mois de protestations meurtrières, le président guinéen a annoncé, vendredi, 28 février, un report de "deux semaines" du référendum constitutionnel et des élections législatives prévus dimanche.

Une décision qui fait suite à des mois de protestations meurtrières contre ce que l'opposition dénonce être une manœuvre pour rester au pouvoir.

"Ce n'est ni une capitulation, ni une reculade", a-t-il déclaré à la RTG (Radio télévision guinéenne), assurant que "le peuple de Guinée exprimera[it] librement son choix à travers le référendum et choisira[it] librement ses députés". "Nous acceptons le report qui doit être de deux semaines", a-t-il ensuite précisé dans une lettre à la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).

La commission électorale "va saisir la Cour constitutionnelle pour la fixation d'une nouvelle date dans la fourchette indiquée", a-t-il dit dans ce courrier.

A l'origine, les Guinéens étaient appelés à se prononcer, dimanche, 1er mars, sur une nouvelle constitution, défendue comme "moderne" par le chef de l'Etat. Elle codifierait l'égalité des sexes, interdirait l'excision et le mariage des mineurs, et veillerait à une plus juste répartition des richesses en faveur des jeunes et des pauvres, selon lui.

Mais, l'opposition n'en croit pas un mot. Pour elle, ce projet est le subterfuge d'un ancien opposant historique devenu, à bientôt, 82 ans, un autocrate qui, comme bien d'autres dirigeants africains avant lui, entend plier la constitution à son désir de briguer un troisième mandat à la fin de l'année. A titre d'information, Alpha Condé ne peut passer une semaine sans avoir son meilleur conseiller en matière démocratique, le président congolais, Denis Sassou-Nguesso, au téléphone. Et quand on sait que ce dernier est le plus grand pourfendeur de la démocratie en Afrique, il ne faut guère s'étonner du revirement de l'opposant historique et ancien président de la FEANF (Fédération des étudiants d'Afrique noire francophone) en France. A force de fréquenter le dictateur 5 étoiles de Brazzaville, qui le « travaille » depuis 2015 pour qu'il ne quitte par le pouvoir en 2020, Condé a fini par devenir méconnaissable auprès des intellectuels africains et de ses amis français (notre photo montrant Condé qui rend visite à Sassou à Brazzaville en 2015). Sassou, qui veut fêter ses 40 ans au pouvoir, pendant le prochain mandat, se prépare, de son côté, à avoir une périlleuse élection présidentielle en février 2021. Vraiment difficile ! Pour passer en force, comme d'habitude, lui qui pèse 10% à peine de l'électorat, selon certaines études, il compte sur un poulain comme Alpha Condé pour le défendre le cas échéant.

Depuis mi-octobre, la mobilisation contre le président guinéen donne lieu à des manifestations massives et à des journées villes mortes qui impactent l'économie d'un des pays les plus pauvres de la planète. Des manifestations qui mènent à de graves brutalités policières. Au moins, 30 civils et un gendarme ont été tués.

Suite, ces derniers jours, à des appels de l'opposition à empêcher le déroulement du référendum et des législatives, et des attaques contre des bureaux ou du matériel de vote, l'armée a été mise en état d'alerte. Pure précaution, selon les autorités.

Dans la capitale, Conakry, des panneaux arborant des slogans tels que "oui à l'égalité" ou "oui à l'investissement dans la jeunesse" surplombent les artères encombrées de voitures. Mais, peu ou pas de rassemblements publics.

Le projet de constitution limite à deux le nombre des mandats présidentiels. Des mandats de six ans. Juste ce qui suffit à Condé au regard de son espérance de vie sur terre. Le chef de l'Etat sortant en a déjà deux au compteur. Sauf, redoute l'opposition, que l'adoption d'une nouvelle constitution lui permettrait de remettre ce compteur à zéro.

Les doutes exprimés par la communauté internationale quant à la crédibilité du vote se sont succédé. 

L'Union africaine (UA) et la CEDEAO ont demandé le respect intangible de deux mandats, comme c'est prescrit dans les tabernacles de la CEDEAO. Les deux organisations politiques se sont retirées du processus électoral déjà vicié.

L'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), accompagnatrice du processus électoral en Guinée, a jugé "problématiques" près de 2,5 millions de noms d'électeurs figurant sur les listes, avec des doublons et la présence de personnes défuntes. L'OIF s'est, aussi, retirée de ce processus électoral car non transparent. Un cas extrêmement rare pour être signalé car l'OIF est généralement considérée comme l'accompagnatrice des dictateurs en Afrique.

L'Union européenne (UE), de son côté, s'est interrogée sur "la crédibilité des échéances électorales à venir", en raison notamment de "l'absence de transparence".

Apprenti-dictateur à ...82 ans, le « professeur » Condé est en train de très mal sortir de la politique. Qui lui fera entendre raison ?

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