JUSTICE : La Cour suprême de Colombie ordonne l'arrestation de l'ex-président Alvaro Uribe (A méditer par les présidents africains)

Lors d'une audience tenue à huis clos, mardi, 4 août, la Cour suprême a décrété l'arrestation et l'assignation à résidence du sénateur et ancien président de la République, Alvaro Uribe, jugé pour avoir tenté de soudoyer des témoins contre un rival politique. Le président, Ivan Duque, son successeur, a défendu "l'innocence" de son mentor. Cette affaire est un enseignement pour les présidents africains. En effet, ce qui arrive en Amérique latine n'est pas quelque chose qui n'arrive qu'aux autres. Les présidents africains, en poste, ne doivent pas s'estimer intouchables. Ce serait une grave erreur. Ils doivent, au contraire, travailler, véritablement, dans le seul intérêt supérieur de leur pays, sachant que même après avoir quitté le pouvoir, ils resteraient à la disposition de la justice bien que bardés de toutes sortes d'immunités comme en bénéficiait le sénateur et ancien président Alvaro Uribe.

C'est une décision inattendue pour Alvaro Uribe, qui n'avait jamais été inquiété par la justice. Durant une audience tenue à huis clos, la Cour suprême colombienne a ordonné, mardi, 4 août, l'arrestation de l'ancien président qui est soupçonné d'avoir tenté de soudoyer des témoins contre un opposant politique. 

Dans un communiqué, la Cour précise que l'ancien chef de l'Etat (2002-2010) "purgera la privation de liberté à sa résidence, et de là, pourra continuer à exercer sa défense avec toutes les garanties légales". Rappelons que la Colombie est un Etat de droit (pas seulement dans les discours politiques), mais, au sens plein du terme et cette affaire le démontre. L'ancien président peut, par conséquent, recourir à la loi pour se sortir de cette situation, ce qu'il fait :

"La privation de ma liberté me cause une profonde tristesse pour mon épouse, pour ma famille et pour les Colombiens qui croient encore que j'ai fait quelque chose de bien pour la patrie", a réagi le sénateur, Alvaro Uribe, et chef du Centre démocratique (CD, au pouvoir) sur son compte Twitter.

Il doit maintenant attendre la date de son procès devant cette cour, seule habilitée à juger les parlementaires.

Les partisans du gouvernement ont, farouchement, critiqué cette décision, qualifiant d'injuste le fait que l'ancien président soit arrêté alors que les ex-chefs des Forces armées révolutionnaires colombiennes (FARC) comparaissent libres devant la juridiction de paix issue de l'Accord de 2016.

Lors d'une allocution publique, l'actuel président, Ivan Duque, a pris la défense de son mentor : "Je crois et croirai toujours en l'innocence et en l'honorabilité de celui qui par son exemple, a gagné une place dans l'histoire de la Colombie", a-t-il déclaré, en soulignant son "amitié avec Alvaro Uribe".

Alvaro Uribe, entendu le 9 octobre 2019 par les magistrats, fait l'objet d'une enquête pour manipulation de témoins en sa qualité de sénateur, affaire qui pourrait lui valoir jusqu'à huit ans de prison pour subornation et fraude procédurale.

L'ancien président, qui bénéficie encore d'un certain soutien populaire pour sa politique de main de fer contre les guérillas de gauche, avait porté plainte en 2012 contre le sénateur, Ivan Cepeda, pour un complot présumé en s'appuyant sur de faux témoins.

Il affirme que son principal opposant politique, lui-même, témoin dans l'affaire, a demandé à d'anciens paramilitaires de l'accuser d'être impliqué dans des activités criminelles de milices d'extrême droite armées contre les rebelles.

Toutefois, la Cour n'a pas engagé de poursuites contre Ivan Cepeda, mais, a décidé, en 2018, d'ouvrir une enquête contre Alvaro Uribe pour la même raison : manipulation de témoins contre un opposant.

"Aucune personne n'est au-dessus de la justice et de la loi en Colombie, toute influente et puissante qu'elle soit", s'est réjoui le sénateur de gauche.

Cette décision est un événement sans précédent. Alvaro Uribe n'avait jamais été inquiété, alors que plus de 200 accusations reposaient contre lui à la Cour suprême. Il paraissait intouchable.

Outre cette affaire, il est visé par d'autres enquêtes pour des crimes présumés liés au long et complexe conflit armé, qui mine la Colombie depuis près de six décennies.

En juin, la Cour suprême a ainsi annoncé l'ouverture d'une enquête pour une affaire d'écoutes illégales menées par des militaires en 2019, visant quelque 130 journalistes, hommes politiques, militaires en retraite et syndicalistes.

Malgré tout, Alvaro Uribe a toujours clamé son innocence et son parti mène une intense campagne médiatique pour défendre "l'honneur" de son chef.

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