KENYA : Le président de la Cour suprême David Maraga a 2 maîtres : Dieu et La Loi. Pas Uhuru Kenyatta

Dans son curriculum vitae, David Maraga, 66 ans, avait expliqué, lors de sa candidature, au poste de "Chief Justice", c'est-à-dire, premier magistrat du pays et président de la Cour suprême, vouloir servir les Kényans "dans l'obéissance de la volonté de Dieu et guidé par la Constitution".

Ce chrétien fervent, marié et père de trois enfants, décrit par ses proches comme un homme de principes, intègre et humble, se présentait comme "une personne dévote, qui croit en la justice et s'efforce de la rendre pour chacun, quel que soit son statut dans la société".

"C'est un homme honnête, sans faux-semblants, profondément, religieux", confirme Tom Ojienda, un avocat qui était de ceux qui l'ont auditionné avant sa nomination. "C'était le meilleur (candidat). Il était excellent", ajoute-t-il, notant que tout dans le comportement du juge Maraga témoigne "des préoccupations d'un homme qui travaille pour la société".

En invalidant, contre toute attente, la présidentielle du 8 août, pour des irrégularités dans la transmission des résultats, et en ordonnant la tenue d'un nouveau scrutin, fixé au 17 octobre, la Cour suprême a pris une décision saluée sur le continent et dans le monde.

Le jugement a été rendu à la majorité -4 voix contre 2 (un juge, malade, ne s'est pas prononcé)-, mais, il porte la marque de David Maraga, de longue date un ardent défenseur de l'indépendance de la justice (notre photo montrant David Maraga avec ses collègues pendant l'audience du 27 août 2017 à Nairobi).

"A cause de la religion, il a un niveau de moralité qui l'a aidé à prendre cette décision", estime Me Ojienda. "Il a eu le courage de galvaniser les trois autres juges (...) pour qu'ils prennent la décision d'annuler l'élection. Maraga est un homme de courage, un homme honnête, un homme spécial".

Avant même de rendre ce jugement, ce dernier avait montré des signes d'indépendance. Au printemps, le président Kenyatta s'était rendu dans le comté natal du juge Maraga, pour dire aux électeurs que "leur fils" avait trouvé un emploi.

David Maraga, qui avait succédé, en octobre 2016, à Willy Mutunga, parti à la retraite de manière anticipée, n'avait pas apprécié l'insinuation qu'il pourrait être à la botte du pouvoir et s'en était, vigoureusement, défendu.

Peu avant les élections, il avait, également, estimé que "la culture qui émerge consistant à lyncher, publiquement, les juges et membres du système judiciaire de la part de la classe politique est un affront ignoble à la loi, auquel il faut résister".

Contrairement à 2013, lorsque la Cour suprême avait rejeté un recours pour fraude de l'opposition, à coups d'arguties procédurales, les avocats des différentes parties ont, cette fois-ci, salué son travail et son professionnalisme.

Derrière un visage jeune, athlétique et, toujours, souriant, David Maraga a tenu d'une main de fer les débats, courtois et de très bonne tenue, accédant de manière équilibrée aux requêtes des uns et des autres.

Adventiste du septième jour, il n'avait pas caché que sa foi lui interdisait de travailler le samedi avant le coucher du soleil. Il s'est tenu à cette règle, sans que le processus judiciaire en pâtisse. Il a, ainsi, convoqué l'audience de mise en l'état du dossier un samedi à 19 heures.

En énonçant le jugement, il a insisté sur le fait qu'"une élection n'est pas un événement, c'est un processus du début à la fin". Une manière de signifier que la question n'était pas de déterminer qui avait, réellement, gagné, mais, bien de savoir si la loi avait été respectée.

Né dans le Comté de Nyamira (Ouest), d'ethnie kisii, David Maraga a été avocat pendant 25 ans, avant de devenir juge de Haute Cour à Nakuru (Ouest) et Nairobi, puis, de Cour d'appel à Nairobi et Kisumu (Ouest), autant de postes où il a montré son attachement à la règle de loi.

Lors de son audition de nomination, il avait juré sur la bible n'avoir, jamais, accepté de pot-de-vin de sa vie. Et lors de son investiture, il avait promis de combattre la corruption, une "tache noire sur le système judiciaire".

L'invalidation de l'élection a suscité la colère du président, Uhuru Kenyatta, lequel a qualifié les juges d'"escrocs" et affirmé qu'ils posent "un problème (que) nous devons régler".

David Maraga pourrait, dans les prochains mois, avoir d'autres opportunités de démontrer qu'il n'a pas peur de contrarier les puissants.

Avec AFP

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