LIBYE : Quand Tony Blair demandait (?) à Mu'ammar Kadhafi de quitter le pouvoir

Le parlement britannique a dévoilé, jeudi, 7 janvier 2016, les retranscriptions inédites de deux conversations téléphoniques entre Tony Blair et Mu'ammar al Kadhafi dans lesquelles, l'ancien premier ministre britannique demande au leader libyen, de l'époque, de partir et se mettre en sécurité, peu avant sa chute, en octobre 2011.

Le contenu de ces deux coups de fil, passés à deux heures d'intervalle, le 25 février 2011, a été remis par Tony Blair à la Commission des Affaires étrangères, après son audition dans le cadre d'une enquête parlementaire, le 11 décembre.

Lors de ces deux conversations, à son initiative, Tony Blair dit à Kadhafi, en parlant du leader libyen à la troisième personne : "s'il existe un moyen de partir, il devrait le faire maintenant. Il faut qu'il montre qu'il accepte le changement et qu'il se retire pour que ce changement s'opère sans violence".
"Si vous avez un endroit sûr où vous rendre, vous devriez y aller car ceci ne va pas se terminer sans violence", insiste-t-il, plus direct.

"Où doit-il aller ? Il n'a pas de mandat", répond Kadhafi en parlant de lui à la troisième personne. "Je n'ai pas le pouvoir ou de mandat, je ne suis pas le président, je n'ai aucun poste à quitter", dit-il plus loin, alors qu'il fait face à une révolte populaire.

Sur ce point, afriqueeducation.com donne la précision suivante :
Les dirigeants de l'Union africaine de l'époque (le président en exercice, l'Equato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema et le président de la Commission, le Gabonais, Jean Ping), ont, toujours, affirmé le contraire de ce qui vient d'être dit. Pour eux, Kadhafi avait acté son départ du pouvoir, après s'être rendu compte que ses forces ne prendraient pas le dessus. Simplement, il voulait négocier les conditions de son départ. A l'Union africaine, on affirme que l'Occident ne lui en a pas donné la possibilité. Voilà la version connue au sein de l'instance panafricaine.

Mais revenons à la bande remise par Tony Blair.
Au début de la première conversation, Kadhafi affirme que son pays est "attaqué par des cellules dormantes d'Al-Qaïda en Afrique du Nord, similaires à celles aux Etats-Unis avant les attentats du 11 septembre" 2001. "Nous sommes confrontés à une situation de djihad", ajoute-t-il.
A la fin de la deuxième conversation, il demande à Tony Blair: "Laissez-nous tranquille, nous n'avons pas de problème". Il l'invite, à plusieurs reprises, à venir voir sur place qu'il n'y a "aucune violence en ce moment à Tripoli".

Il s'inquiète, par ailleurs, d'une intervention militaire internationale. "Pas du tout, personne ne le souhaite", lui répond Tony Blair. Le 17 mars, une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU autorisera le recours à la force contre les troupes gouvernementales libyennes pour protéger la population.

En conclusion, l'Afrique cherche, aussi, à connaître la vérité sur l'assassinat de Kadhafi, maintenant qu'il est question de la formation d'un gouvernement et d'un parlement uniques, en Libye, et que tôt ou tard, la question de la réconciliation nationale devra se poser, et tout ce qui va avec au niveau des responsabilités de chacun.

Tout le monde sait que Tony Blair entretenait des relations (de chef d'Etat à chef de gouvernement) avec l'ancien dirigeant libyen, liens qui faisaient l'objet de commentaires (notre photo). La mort de Kadhafi n'étant pas, encore, élucidée, le contenu de la conversation entre les deux hommes, est une pièce à verser dans le lourd dossier (à charge) de l'Occident, dans l'assassinat de l'ancien dirigeant libyen, assassinat dont on voit, aujourd'hui, les néfastes conséquences, au niveau de la Libye, mais aussi, de toute la sous-région sahélo-saharienne.

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