MALI : Iyad Ag Ghali demande le départ de Barkhane avant de négocier avec le gouvernement

Une telle exigence préalable, c'est mettre le couteau sous la gorge du pouvoir malien. C'est à se demander si au fond, les terroristes veulent vraiment négocier ou cherchent-ils, juste, à tester les capacités du pouvoir, qui du reste, est accusé de faiblesse face à l'ennemi ? En effet, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, la coalition terroriste affiliée à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), a publié, dimanche, 8 mars, un communiqué, qui montre une volonté de désescalade. Le GSIM, JNIM selon son acronyme en arabe, y affirme qu'il ne pose aucun préalable aux discussions si ce n'est le retrait des troupes françaises de l'Opération Barkhane. En posant cette condition, on peut se demander si les terroristes souhaitent, réellement, négocier. Car il faut rappeler que s'ils ne sont pas, aujourd'hui, solidement, implantés à Bamako, c'est parce que l'armée française, en 2012, les y avait empêchés. Ils ne peuvent donc pas porter cette dernière dans leur cœur.

C'est par le canal officiel de communication du GSIM, Az-Zallaqa, que l'organisation terroriste a communiqué. Le texte a été authentifié par plusieurs experts sécuritaires de la région, ainsi qu'une agence d'information mauritanienne, Al-Akhbar.

Dans son communiqué, le GSIM se pose dans une démarche d'ouverture. Il faut en finir avec « ce conflit sanguinaire » qui dure depuis plus de sept ans, mais, pour en finir, le groupe demande le retrait des troupes françaises. Le GSIM se retranche derrière l'opinion populaire, qui selon lui, a, clairement, exprimé, dans la rue, son désir de voir « l'occupation française » prendre fin. La coalition terroriste demande, aussi, au gouvernement de mettre un terme à la MINUSMA, la Mission de maintien de la paix des Nations-Unies. C'est un argument paradoxal car si une frange de la population a, effectivement, demandé le départ des troupes françaises, c'est parce que ces dernières sont accusées de pactiser avec l'ennemi djihadiste qu'elles sont venues éradiquer. Mais, prendre cet argument pour l'opposer au gouvernement malien, c'est faire preuve de démagogie. Le GSIM ne serait-il pas par trop démagogue ?

Il va de soi que ces deux demandes sont, tout simplement, inacceptables pour le pouvoir malien. En sept années de conflit, le Mali s'est montré, totalement, incapable de bâtir une armée solide, susceptible de défendre les frontières du pays, surtout, de botter les terroristes hors du Mali. Dans ces conditions, exiger le départ non seulement de Barkhane, mais aussi, de la MINUSMA, n'est-il pas un signe qui montre que le GSIM ne veut vraiment pas négocier ? Car, le Mali sans ces militaires venus d'ailleurs, ne serait plus le Mali. Il serait un grand califat dans le désert sahélien. Et ce n'est pas demain la veille que le Mali disposera d'une armée digne de ce nom. Autant dire que la requête du GSIM n'a aucune chance d'aboutir à montrer de retirer cette exigence (photo d'Iyad Ag Ghali).

Ceux qui pensent que la main tendue du GSIM s'explique par le fait qu'il est devenu faible, ont tort. C'est vrai qu'un raid français en février 2019 avait éliminé trois cadres importants du groupe : Djamel Okacha, membre historique d'Aqmi, Abou Talha al-Libi, chef d'al-Furqan, une katiba du nord de Tombouctou, et Abou Iyad, chef d’al-Qaïda en Tunisie. Mais, ces trois chefs terroristes ont, depuis lors, été remplacés, en dehors du fait que le GSIM a beaucoup été renforcé par l'arrivée des djihadistes, très bien entraînés, venus de Syrie et d'Irak, après leur défaite contre l'armée régulière syrienne appuyée par la Russie.

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