MONNAIE ECO : Nouvelle monnaie ou simple « mutation » du F CFA ?

En séjour de deux jours en Côte d'Ivoire, le président, Emmanuel Macron, a convenu avec son homologue ivoirien, Alassane Ouattara, du changement du F CFA qui va devenir l'ECO courant 2020 (notre photo). Les pays membres de la CEDEAO (y compris ceux de l'UEMOA) doivent surveiller le président ivoirien comme du lait sur le feu car il n'a, jamais, été un partisan d'une monnaie authentiquement africaine, et encore moins, une monnaie africaine qui viendrait remplacer le F CFA qu'il considère (sans rires) comme l'une des meilleures monnaies du monde.

Après cinq visites à l'Elysée (en deux ans) où il a beaucoup parlé du F CFA que de l'économie ivoirienne dans son ensemble, Alassane Ouattara a finalement jeté l'éponge, face aux mastodontes du Nigeria et du Ghana, qui ont voté pour la mise sur pied d'une monnaie commune à condition que celle-ci ait tout cordon ombilical coupé avec la France dont ils ne veulent pas entendre parler dans le fonctionnement de cette future monnaie.

Pourtant, au côté du jeune président français, Alassane Ouattara (qui parlait au nom de la conférence des chefs d'Etat des huit pays de l'UEMOA dont il a confisqué la présidence en exercice depuis quatre ans juste pour contrecarrer la création de la monnaie unique de la CEDEAO), a énoncé trois mesures qui vont dans le bon sens (un bon sens répétons-le qu'il combattait hier) :

- la fermeture du compte d'opération géré par la direction du Trésor français (et qui faisait du F CFA une sous-monnaie) et le rapatriement des sommes correspondantes auprès de la BCEAO et de la BEAC ;

- le départ des administrateurs français des deux banques centrales et de tous les autres organismes financiers de la zone ;

- une parité fixe de l'ECO avec l'euro.

- Il faut faire très attention à ne pas considérer les propos d'Alassane Ouattara comme paroles d'évangile. Avant l'adoption de l'ECO, il disait que les pays de la CEDEAO garderaient le F CFA tout en le modernisant de certains de ses archaïsmes et avançait que les autres membres de la CEDEAO disposant d'une monnaie propre, allaient, aussi, adopter le F CFA. Ce qui paraissait, d'ailleurs, comme une insulte pour la première économie africaine (Nigeria), qui selon Ouattara, acceptait d'entrer sous la tutelle monétaire d'une puissance moyenne comme la France. Le choix de l'ECO a montré que le président Ouattara ne disait pas la vérité.

D'autre part, lors d'une interview chez nos confrères de RFI, le président du Bénin, Patrice Talon, avait indiqué que les pays de la CEDEAO avaient acté la fermeture du compte d'opération, l'attachement de l'ECO à un panier de monnaies (dollar, euro, yen, yuan, livre sterling, etc.) et le placement de l'ECO dans un certain nombre de grandes banques centrales, dans le but de faciliter les échanges. Alassane Ouattara vient ici le contredire en avançant que la parité sera fixe entre l'ECO et l'euro, ce que refusent justement les Anti-CFA. Patrice Talon a dit le contraire de ce qu'affirme Ouattara aujourd'hui.

Conclusion : Alassane Ouattara montre qu'il entre dans l'ECO en freinant son processus de fonctionnement et surtout, en cherchant, comme par le passé, à orienter les autres pays de la CEDEAO vers la France pour des raisons qui lui sont propres.

Cela dit, son acharnement n'a aucune chance d'aboutir car ce n'est ni lui, ni son ami, le jeune président français, qui ont demandé aux pays de l'UEMOA de quitter le F CFA et ce n'est pas eux qui vont dicter la marche à suivre aux pays de la CEDEAO.

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