PERPETUITE POUR HISSENE HABRE : Le (strict) minimum syndical

Le débat sur fallait-il ou non juger Hissène Habré, ayant été clos, il y a plusieurs mois, la justice est passée à l'essentiel, à savoir, les faits qui lui étaient reprochés, au fond. C'est à ce niveau que l'ex-président tchadien, Hissène Habré, architecte d'une répression terrible pendant son règne (1982 à 1990), a été reconnu coupable, lundi, 30 mai, notamment, de crimes contre l'humanité et condamné à la prison à vie, au terme d'un procès sans précédent. La perpétuité ! C'est le maximum mais la question peut être posée : les peines qu'il a fait endurer aux Tchadiens ne méritaient-ils pas qu'il soit, carrément, passé au peloton d'exécution ? Il paraît qu'au nom des droits de l'homme, on ne passe plus les êtres humains à l'échafaud. Même la chaise électrique est anti-droits de l'homme. Conséquence : ce sera la prison à vie pour Habré, ce qui veut dire que la communauté internationale devra le nourrir, le soigner, l'habiller, jusqu'à sa mort. Quid des 40.000 victimes qu'il totalise dans son bilan gouvernemental macabre ! Qui va les indemniser ?

Ses crimes contre l'humanité répertoriés sont : viols, exécutions, esclavage et enlèvement, et plus encore.

Ce procès est le premier au monde dans lequel un ancien chef d'Etat est traduit devant une juridiction d'un autre pays pour violations présumées des droits de l'homme. L'Afrique innove, bien que les dirigeants africains qui, généralement, forment un club (syndicat), ne voulaient pas que l'un des leurs soit, ainsi, humilié. Quand il était président du Sénégal, Me Abdoulaye Wade avait traîné des quatre fers, pour ne pas faire aboutir le dossier de constitution d'un Tribunal spécial africain à Dakar qui devait juger Habré. S'il était resté au pouvoir, Habré n'aurait pas, encore, été jugé. On serait encore en train de tourner en rond. L'arrivée au pouvoir de Macky Sall a changé la donne. Pendant la campagne, en effet, il avait donné des gages pour que l'ancien tortionnaire tchadien soit, rapidement, jugé, au Sénégal, s'il était élu. C'est ce qu'il a fait, malgré la bronca de certains de ses homologues, adeptes de l'impunité.

Après l'énoncé du verdict, l'accusé, en turban et boubou blancs, lunettes noires, a levé les bras en saluant ses partisans et crié : "A bas la Françafrique!" (notre photo). Habré a, certainement, raison de crier « A bas la Françafrique ». Mais, la vérité est que, c'est cette Françafrique qui l'avait installé au pouvoir. Mais s'étant cru puissant au point de ne plus lui obéir, il s'est cru intouchable, oubliant au passage qu'il avait déjà humilié cette Françafrique, en allant prendre en otage, pendant de longs mois, l'ethnologue française, Françoise Claustre, lorsqu'il était maquisard. La Françafrique avait, néanmoins, fini par faire de lui le président, sans oublier son passé. C'est la goutte d'eau qui, sans doute, avait fait déborder le vase qui était, déjà, rempli.

L'ex-dictateur ne devrait pas faire pitié. Son train de vie ne changera pas. On le laissera même ...prier cinq fois par jour, pour demander pardon à Allah le miséricordieux. Personne ne lui coupera le cou. Il pourra aussi voir femme, enfants et petits enfants comme avant. C'est cela la justice moderne, alors que lui a fait mettre 40.000 Tchadiens entre quatre planches. Ainsi va la vie.

Hissène Habré dispose de quinze jours à compter de ce lundi, 30 mai, pour interjeter appel de sa condamnation. Que sa conscience lui dicte la conduite à suivre.

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