PRESIDENCE A VIE EN RUSSIE : Poutine y pense de plus en plus... comme Xi Jinping

Partira, partira pas ? Poutine relance les conjectures sur l'après 2024. En réalité, après un aller-retour qui lui avait permis de laisser un mandat de cinq ans à son actuel et inamovible premier ministre, Dmitri Medvedev, de 2008 à 2012, le tsar, Vladimir Poutine, voudrait rester, définitivement, au pouvoir, comme son allié chinois, Xi Jinping, qui a modifié la constitution pour devenir président à vie. En effet, Poutine est fasciné par le style de gouvernance de Xi Jinping. En raison de sa pratique du pouvoir très personnalisé, rompant avec l'effacement relatif de ses prédécesseurs, de son exaltation du sentiment national chinois et de sa mainmise totale sur le parti, Xi Jinping est souvent présenté comme le dirigeant le plus puissant et le plus autoritaire de Chine depuis Mao. A la suite d'une modification de la constitution, il peut théoriquement rester président de la Chine et du Parti communiste, pour une durée indéterminée, alors que ses prédécesseurs étaient limités à deux mandats depuis 1998. Par ailleurs, la « pensée » de Xi Jinping est inscrite dans la doctrine et la constitution du parti communiste chinois, un privilège jusqu'ici réservé à Mao et Deng Xiaoping (le père de la Chine moderne). Vladimir Poutine rêve exactement de la même chose (sur notre photo en train de trinquer avec son modèle en politique (?) Xi Jinping). Le connaissant, il va y parvenir

C'est une tradition annuelle, au cours de sa conférence de presse marathon, le président russe est interrogé sur son avenir. Cette fois-ci, c'est une question sur une révision de la constitution et l'interdiction d'exercer plus de "deux mandats consécutifs" qui a remis le sujet sur le tapis.

"Ce qu'on pourrait faire concernant ces mandats, c'est supprimer le qualificatif +consécutifs+ s'agissant de la fonction présidentielle", a-t-il dit.

Supprimer ce terme reviendrait à interdire tout retour au Kremlin après 2024, date à laquelle expire son actuel second mandat consécutif. En effet, M. Poutine ne pourrait plus quitter la présidence pour mieux y revenir, comme il l'avait fait en 2012 après quatre années (2008-2012) en tant que premier ministre.

"On a deux mandats successifs, votre fidèle serviteur fait ses deux mandats, puis quitte la fonction, puis, il a le droit de revenir à la fonction de président car il ne s'agit plus de deux mandats successifs", a expliqué le chef de l'Etat russe.

Ce genre d'alternance "dérange certains politologues, acteurs de la société", a-t-il dit, à l'occasion de sa 15e grande conférence de presse, à laquelle quelque 1.800 journalistes ont assisté.

Jusqu'ici, Vladimir Poutine disait tenir à la formulation des mandats consécutifs.

Il a également évoqué la possibilité de renforcer les pouvoirs du parlement de manière "très prudente" et après une "discussion approfondie au sein de la société". "Il ne faut pas être trop pressé. La discussion est en cours et je vais également suivre pour voir comment elle évolue", a-t-il ajouté après la conférence.

Depuis sa dernière réélection en 2018, les conjectures vont bon train quant à ses intentions au-delà de 2024. Certains lui prêtent l'intention de garder le pouvoir via de nouvelles fonctions restant à définir, d'autres de redevenir provisoirement premier ministre. M. Poutine n'a en tout cas jamais mis en avant de successeur potentiel.

Et le Kremlin avait jusqu'ici jugé prématuré d'évoquer la question.

Le journal en ligne The Bell a estimé que la remarque sur les mandats consécutifs était "la déclaration la plus importante qu'ait faite Poutine aujourd'hui".

"Allez savoir, était-ce un ballon d'essai pour lancer la discussion, ou une décision ?", a pour sa part réagi Tatiana Stanovaïa, du centre de réflexion R. Politik.

Le président, qui est arrivé au pouvoir il y a 20 ans, a dressé un bilan, à la demande d'un journaliste. Comparant la Russie de 2000 et celle de 2019, "ce sont deux pays différents", a-t-il noté.

Il a notamment relevé que la Russie était "en guerre civile" lorsqu'il a accédé au pouvoir, avec le conflit de Tchétchénie. "L'économie a totalement changé", a-t-il aussi noté, le pays s'étant réformé et enrichi depuis les années sombres qui ont suivi la crise de 1998.

La conférence de presse s'est achevée au bout de quatre heures vingt-cinq minutes, non loin du record de 04H40 de 2008. Comme à chaque fois, les journalistes s'aidaient de pancartes ou de déguisements pour attirer l'attention de Vladimir Poutine.

Il a parlé d'une multitude de sujets, apportant notamment son soutien à Donald Trump face aux accusations "inventées" qui lui valent une procédure de destitution.

Il a aussi mis en doute l'origine humaine du changement climatique, critiqué Lénine, nié toute présence militaire russe dans l'Est de l'Ukraine mais aussi évoqué l'extension du métro de Ekaterinbourg ou la pollution à Krasnoïarsk.

Manifestement agacé, Vladimir Poutine a aussi évité de répondre à une question sur les activités économiques de ses deux filles et des soutiens dont elles bénéficieraient.

Sur la chaîne YouTube de la TV publique Rossiya 24, ses détracteurs se sont fait entendre, 43.000 personnes n'ayant pas aimé la conférence de presse retransmise en directe, contre 10.000 "J'aime".

Selon l'institut public Vtsiom, 70,2% des Russes font confiance à Vladimir Poutine.

Cela dit, l'homme le plus secret de Russie a déjà pris sa décision : les enjeux mondiaux étant importantissimes, il n'est pas question à l'heure de la consolidation des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) de quitter le navire en pleine tempête. Poutine gardera le pouvoir jusqu'à jusqu'à...

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