PRESIDENCE AMERICAINE : Quelle Africaine-Américaine pour la vice-présidence de Joe Biden ?

Le candidat démocrate à l’élection présidentielle, Joe Biden, doit annoncer très prochainement le nom de sa colistière. Plusieurs femmes sont en lice, mais, aucune ne se détache vraiment. Et pour cause, le contexte de 2020 fait que ce choix s’avère particulièrement épineux.

Qui pour accompagner Joe Biden sur le ticket démocrate ? La question anime le microcosme politique américain depuis plusieurs semaines déjà. Et alors que le candidat démocrate à l’élection présidentielle, qui se tiendra le 3 novembre, a prévu une annonce pour la première semaine du mois d’août, le mystère reste entier. Première semaine d'août ? Nous y sommes !

Seule certitude : il s’agira d’une femme. C’est ce qu’a promis Joe Biden, également, pressé, depuis l’explosion du mouvement Black Lives Matter, de choisir une candidate noire. Plusieurs noms sont régulièrement cités par les médias américains : la sénatrice de la Californie, Kamala Harris, l’ancienne conseillère à la Sécurité nationale de Barack Obama, Susan Rice, la représentante de la Californie, Karen Bass, la représentante de la Floride, Val Demings, la maire d’Atlanta, Keisha Lance Bottoms – toutes noires –, mais aussi, la sénatrice de la Californie, Elizabeth Warren, ou la sénatrice de l’Illinois, Tammy Duckworth.

Le choix du colistier est toujours le résultat de calculs électoraux. Le plus souvent, celui-ci possède un profil qui complète celui du candidat à la Maison Blanche. Un candidat originaire d’un État du Nord des États-Unis aura tendance à choisir un colistier originaire du Sud du pays : John Kennedy, qui venait du Massachusetts, avait, par exemple, choisi le sénateur du Texas Lyndon Johnson comme vice-président en 1960. Un candidat jeune aura tendance à choisir un colistier expérimenté à ses côtés : c’est ainsi que le jeune sénateur de l’Illinois, Barack Obama, avait opté en 2008 pour celui qui était alors sénateur du Delaware, Joe Biden. Un candidat situé en-dehors de l’establishment aura, lui, tendance à privilégier une personne qui rassurera les fidèles de son parti : c’est exactement ce qu’a fait Donald Trump en 2016 en complétant le ticket républicain avec le gouverneur de l’Indiana d'alors, Mike Pence. Enfin, l’annonce peut aussi permettre de redonner un coup de fouet à une campagne qui patine : c’est le rôle qu’avait joué la gouverneure de l’Alaska, Sarah Palin, lorsqu’elle avait été choisie par John McCain en 2008.

Mais, cette année, la pandémie de Covid-19, la récession économique, l’impopularité de Donald Trump, les 77 ans de Joe Biden, la promesse de choisir une femme, l’importance du mouvement Black Lives Matter et la cote des candidats de la primaire démocrate très marqués à gauche, comme Bernie Sanders ou Elizabeth Warren, au sein de la jeunesse rendent la sélection de la future colistière particulièrement épineuse.

A trois mois de l’élection présidentielle, Joe Biden est tellement haut dans les sondages – 8 points d’écart en moyenne avec Donald Trump – que son annonce a toutes les chances de le desservir. L’identité de la future candidate, qui deviendrait en cas de victoire la première femme vice-présidente de l’histoire des Etats-Unis, fera très certainement des déçus chez certains démocrates, tandis qu’elle offrira des angles d’attaque à Donald Trump et son équipe, qui peinent jusqu’à présent à discréditer l’ancien vice-président de Barack Obama.

Le dilemme est d’abord politique : si Joe Biden choisit une candidate comme Elizabeth Warren pour faire l’alliance avec l’aile gauche de son parti, il risque de perdre les électeurs républicains les plus modérés qui pourraient hésiter entre lui et Donald Trump. Surtout, le président américain ne manquerait pas de dépeindre le ticket démocrate comme une menace socialiste, voire, communiste, qui ferait prendre un mauvais virage aux Etats-Unis ; et si, au contraire, Joe Biden préfère une candidate plus proche de lui politiquement comme Susan Rice, il peut démobiliser une jeunesse aux positions beaucoup plus radicales.

L’autre difficulté pour Joe Biden est beaucoup plus personnelle. L’ancien vice-président sait qu’il deviendrait, à 77 ans, le président élu le plus âgé de l’histoire des Etats-Unis et a déjà émis l’idée de ne faire qu’un seul mandat. Avoir à ses côtés une colistière prête "dès le premier jour" à prendre la relève est donc l’un de ses critères de sélection prioritaires – le vice-président étant amené, selon la Constitution, à succéder au président si celui-ci décède ou démissionne. Mais, en même temps, sa partenaire ne devra pas passer l’essentiel de son temps à préparer sa candidature à l’élection présidentielle de 2024.

Au bout du compte, c’est donc la confiance qui sera un élément clé, selon un proche de Joe Biden,

Joe Biden souhaiterait trouver une candidate avec laquelle il pourrait avoir la même relation que Barack Obama avait avec lui : une personne capable d’être dans l’ombre, de lui donner des conseils avisés tout en acceptant de faire passer ses intérêts politiques après ceux de son chef (sur notre photo Joe Biden avec Susan Rice quand ils occupaient respectivement les postes de vice-président de Barack Obama et conseillère nationale à la Sécurité de Barack Obama à la Maison Blanche).

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