PRESIDENTIELLE AU TOGO : Coup KO pour Faure Gnassingbé

Tchambakou Ayassor, le président de la CENI, pendant la nuit électorale du 22 au 23 février, avait annoncé la publication des résultats provisoires pour le lundi, 24 février, à 20 h 00 GMT (heure du Togo), au plus tard. Mais, dès, dimanche, 23 février, matin, la CENI disposait, déjà, de plusieurs tendances lourdes, qui donnaient Faure Gnassingbé vainqueur dans 4 régions sur les 5 que compte le pays. La Région maritime, qui abrite Lomé, est la seule où il a été devancé par Agbéyomé Messan Kodjo. Sinon, dans le reste du territoire, y compris au sein de la diaspora où le président-sortant aurait réalisé un 100% en France, l'assise nationale de son parti, UNIR, lui a permis de gagner l'élection haut la main.

« Au vu de tous les résultats centralisés, le candidat du parti UNIR, Faure Gnassingbé, est proclamé, provisoirement, président de la République », a, par conséquent, annoncé le président de la CENI, en direct sur la télévision publique TVT, tard, dimanche, soir. Ce résultat ne surprend personne au Togo. Tant deux forces (trop) inégales s'affrontaient : d'un côté, l'opposition avec six candidats (dont plusieurs de témoignage) venus à l'élection de façon désunie où émergeaient deux figures de proue, à savoir, Jean-Pierre Fabre, candidat de l'ANC, et l'ancien premier ministre, Agbéyomé Messan Kodjo, candidat du MPDD, et de l'autre côté, Faure Gnassingbé dont l'impressionnante machine électorale déployée sur tout le territoire national, ne laissait personne indifférent. Là où UNIR réunissait 10.000 ou 20.000 personnes (40.000 personnes au dernier meeting du président-candidat à Kara jeudi après-midi), très souvent, faute de moyens et, surtout, faute de militants en nombre suffisant, les autres candidats préféraient faire du porte à porte ou des causeries dans des quartiers. Autrement dit, pendant les deux semaines de campagne, la mobilisation était du (seul) côté du parti UNIR. Conclusion, il n'y avait pas à attendre de surprise pendant cette élection : le meilleur a gagné. Celui dont le parti est implanté sur l'ensemble du territoire, y compris, dans les moindres recoins du pays. La seule inconnue était l'ampleur de la victoire de Faure Gnassingbé ou le niveau de son score final. Car la hiérarchie de UNIR ambitionnait (à voix haute) d'écraser les adversaires du président-candidat afin d'éviter toute contestation (crédible). Voilà pourquoi le score de 72,36% (1.938.889 voix), soit 14 points au-dessus de celui de 2015 (58,73%), montre que cet objectif a été atteint, avec un quasi-plébiscite dans la Région de la Kara, dans les Plateaux et dans le Centre. Ce score élevé a été, activement, recherché, y compris par le président-candidat, lui-même, qui avait déserté son bureau pour sillonner le pays sans s'économiser.

La surprise vient, cependant, de la troisième place obtenue par Jean-Pierre Fabre avec 4,35%. Mais, son mauvais score s'explique : dans un premier temps, il avait appelé ses électeurs à ne pas s'inscrire sur les listes électorales, avant de se raviser, quelques mois plus tard. Une attitude contreproductive exploitée par ses adversaires politiques, qui l'a, finalement, desservi car pour beaucoup de ses adversaires, Fabre démontrait par ce va et vient qu'il ne savait pas exactement ce qu'il voulait. Une critique mortelle pour un candidat qui aspire à diriger le pays. D'où son très bas score par rapport à la présidentielle de 2015 où il était sorti deuxième (derrière Faure) avec 35,19% des voix. Conséquent avec lui-même, Jean-Pierre Fabre a, immédiatement, reconnu ne pas être parmi les deux premiers de cette élection dès samedi soir, dans un communiqué signé par son directeur de campagne.

Avec un score de 18,37% (492.386 voix), Agbéyomé Kodjo occupe la deuxième place, qui, désormais, fait de lui le chef de l'opposition. Toutefois, il ne dispose pas de place forte à proprement parler, même pas son Yoto natal où il n'a obtenu que 56% des voix contre moins de 40% pour Faure. Outre les déçus de l'ANC, Agbeyomé Kodjo a aussi récupéré quelques mécontents du parti UNIR d'où il vient en réalité. Adoubé comme candidat de l'opposition par Mgr Philippe Fanoko Kpodzro, l'archevêque émérite de Lomé, il a joué cette carte à fond, mais celle-ci ne pouvait pas lui assurer la victoire. C'est parce qu'il fait de la diversion qu'il a, vite, convoqué les journalistes, dimanche soir, à son domicile, pour leur annoncer sa victoire au regard de son propre décompte des procès verbaux des élections. Selon ses calculs, sa victoire dès le premier tour oscille entre 57% et 61% des voix. Mais, le moins qu'on puisse dire, c'est que cette estimation est surprenante. Il aura grand mal à démontrer aux magistrats de la Cour constitutionnelle par quelle alchimie il se permet de s'autoproclamer vainqueur de cette présidentielle que la quasi-totalité des observateurs ont trouvée paisible, non-violente et transparente.

D'un de nos envoyés spéciaux à Lomé.

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