PRESIDENTIELLE KENYANE : Le président sortant Uhuru Kenyatta taxe la Cour suprême de putschiste.

La vérité est que la banque n'a pas indiqué qui avait déposé les 5 millions de dollars, secret bancaire oblige ! Faute d'avoir une réponse sûre à cette question, tous les soupçons convergent vers le candidat, Uhuru Kenyatta, qui ne fait rien pour se dédouaner, son comportement poussant les partisans de Raila Odinga à l'accuser d'avoir voulu piéger le président de la Cour suprême afin de l'affaiblir.

La manœuvre ayant foiré, c'est le président sortant qui se trouve, aujourd'hui, affaibli. C'est l'histoire de l'arroseur arrosé. Mais, Uhuru ne le montre pas. Il passe, au contraire, à l'offensive en accusant, jeudi, 21 septembre, la Cour suprême d'avoir perpétré un "coup d'Etat" en ayant invalidé sa réélection lors du scrutin du 8 août.

"Ici au Kenya nous avons écrit l'histoire, car un coup d'état a été mené par quatre personnes dans un tribunal", a déclaré le président en référence au jugement rendu le 1er septembre à la majorité - quatre juges contre deux - par la Cour suprême, saisie par l'opposition.

Uhuru Kenyatta (notre photo) s'est exprimé, jeudi, depuis le palais présidentiel alors qu'il rencontrait des dirigeants du Nord du pays, au lendemain de la publication du jugement complet et détaillé de la Cour suprême, qui accable la Commission électorale (IEBC) pour sa gestion du scrutin du 8 août. Cette Commission dont Raila Odinga avait demandé la démission, tout au moins, des personnes jugées responsables des malversations et que l'opposition a réussi à identifier.

Le président, dont l'intervention était retransmise en direct sur les chaînes de télévision kényanes, a estimé que le jugement de la Cour suprême a sapé la démocratie, et comparé la décision d'invalider l'élection aux coups d'état militaires menés dans d'autres pays du continent. "Le jugement de quelques personnes a réduit à néant les progrès réalisés au fil des ans."

Le vice-président, William Ruto, qui a pris la parole avant M. Kenyatta, a, lui, évoqué une "tyrannie de la justice".

La nouvelle élection est prévue pour le 26 octobre alors que les attaques du camp présidentiel contre la Cour suprême ne faiblissent pas.

Après l'annonce de la décision d'invalider sa réélection avec 54,27% des voix, M. Kenyatta avait qualifié les juges d'"escrocs" et promis de "régler" les problèmes existant selon lui dans le système judiciaire.

L'opposition ne faiblit pas non plus dans ses critiques acerbes de l'IEBC, et a prévenu qu'elle boycotterait le nouveau scrutin si ses exigences présentées à la Commission électorale - dont la démission de plusieurs de ses membres - ne sont pas remplies.

Mercredi, la Cour suprême a notamment reproché à l'IEBC d'avoir proclamé les résultats sur la foi de procès-verbaux à l'authenticité, parfois, "douteuse", et de ne pas avoir permis l'accès à ses serveurs informatiques pour vérifier des accusations de piratages informatiques.

La Cour suprême a précisé que ses reproches visent, surtout, la transmission des résultats et qu'elle n'a aucune raison de douter des opérations d'enregistrement des électeurs ou des opérations de vote le jour du scrutin, notamment. Elle a, également, rejeté une requête de l'opposition de poursuivre des responsables de l'IEBC, évoquant, plutôt, des "problèmes institutionnels systémiques".

D'ici le 26 octobre, date du nouveau scrutin, il peut encore avoir des surprises. Maintenant que la peur a changé de camp.

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