RDC : Joseph Kabila revient-il à de meilleurs sentiments ?

"Le premier ministre sera impérativement nommé dans les 48 heures", a annoncé au Congrès Joseph Kabila qui a invité le Rassemblement, la coalition créée par l'opposant historique défunt Etienne Tshisekedi, "à surmonter ses querelles intestines" et à lui présenter "une liste des candidats" au poste de premier ministre.

"Nous attendons que le président Kabila donne suite à la demande d'audience du président du Rassemblement pour discuter de la question du premier ministre. C'est lui et sa majorité qui entretiennent la confusion", a commenté Christophe Lutundula, un porte-parole du Rassemblement.

Le 31 décembre dernier, la majorité et l'opposition ont signé, sous l'égide de l'épiscopat congolais, un accord de cogestion du pays après l'expiration du mandat de M. Kabila, le 20 décembre 2016 dans un climat de violence.

Cet accord prévoit le maintien au pouvoir de M. Kabila à la tête du pays jusqu'à l'entrée en fonction d'un successeur élu lors d'une présidentielle prévue avant fin 2017 et la désignation d'un premier ministre par le Rassemblement.

Trois mois après sa signature, la formation d'un gouvernement élargi n'est toujours pas chose faite, rendant hypothétique la tenue des scrutins dans le temps convenu.
"Les élections auront bel et bien lieu", a dit M. Kabila, mais "aucune ingérence étrangère ni dans son pilotage moins encore dans son déroulement ne sera tolérée", a-t-il averti.
"Le président Kabila entretient le flou absolu sur la question électorale. Il ne donne aucune échéance à l'organisation des scrutins", a déploré l'opposant Lutundula.

Lundi et mardi, M. Kabila a consulté des responsables politiques sur les deux points de blocage de l'application de l'accord de la Saint Sylvestre : les modalités de désignation par le Rassemblement du nouveau premier ministre et le choix de la personnalité devant présider au Conseil national de suivi de l'accord (CNSA).

Ce poste était initialement attribué à M. Tshisekedi, décédé le 1er février à Bruxelles à 84 ans.
Depuis, M. Kabila et sa majorité exige du Rassemblement la présentation d'une liste de trois candidats premier ministre mais la coalition d'opposition s'en tient à la présentation d'un seul nom en vue de son entérinement par le chef de l'Etat.

Pour le CNSA, la majorité et une frange minoritaire de l'opposition exige que le successeur d’Etienne Tshisekedi soit désigné par consensus alors que le Rassemblement considère que ce poste revient de droit à son chef.

Le Rassemblement compte, désormais, deux tendances. La plus importante, celle dirigée par Félix Tshisekedi, fils d’Etienne Tshisekedi, a décliné l'invitation de M. Kabila, jugeant "inappropriée" les consultations de lundi et mardi.

Si les divergences au sein du Rassemblement ne sont pas réglées, "nous entrerons dans une zone de turbulence", a averti le député de la majorité, Henri-Thomas Lokondo.
Pour M. Lokondo, le groupe dirigé par Félix Tshisekedi devrait "faire un effort de réalisme, d'humilité, du patriotisme" pour sortir le pays de la crise.
M. Kabila est au pouvoir depuis 2001 et la Constitution lui interdit de se représenter.

Son discours, le premier après l'expiration de son mandat le 20 décembre, s'est tenu dans une ambiance électrique, plusieurs centaines des militants de la majorité chantant à la gloire du "Raïs" (surnom de leur champion), scandant : "Que celui qui ne veut pas de Kabila quitte le Congo".

M. Kabila a annoncé la nomination du nouveau premier ministre en présence de Samy Badibanga, qui occupe ce poste depuis novembre 2016 à l'issue d'un premier dialogue mené entre la majorité et une frange minoritaire de l'opposition. Ces assises avaient été boycottées par le Rassemblement.

Député de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS, parti de M. Tshisekedi) mais radié depuis plusieurs années, sa nomination avait soulevé la colère du parti historique de l'opposition.

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