SOMMET EUROPE-AFRIQUE : Quand Emmanuel Macron snobe le dictateur de Brazzaville

Le jeune président français, Emmanuel Macron, a de la suite dans les idées. Après avoir déclaré, urbi et orbi, dans l'amphithéâtre de l'Université Ki-Zerbo de Ouagadougou offert par le Frère Guide Kadhafi, que son choix d'inaugurer sa tournée africaine par le Burkina Faso, avait un sens et était un message à l'endroit de l'Afrique et de sa jeunesse, il a agi pour joindre la parole à l'acte. Après l'échec de ses deux prédécesseurs (Hollande et Sarkozy) à tuer la Françafrique, Emmanuel Macron semble donner de sa personne pour réussir là où tout le monde lui prédit un échec. Il se donne, pour le moment, les moyens de succès, en n'affichant pas les faiblesses d'un François Hollande qui ont fini par le rendre méconnaissable, à la fin de son mandat.

Les étudiants africains qui font sc-po doivent savoir qu' il existe deux catégories de dictateurs en Afrique. Ceux qui sont fréquentables (malgré tout) comme le président tchadien, Idriss Déby Itno, considéré comme le « bras armé africain » des interventions militaires françaises en Afrique. Et ceux qui sont infréquentables et dont le jeune président français ne veut nullement avoir affaire. Au point qu'il a même horreur de les croiser dans les couloirs, en marge des grandes conférences comme le 5e Sommet Europe-Afrique d'Abidjan. C'est le cas, par exemple, du très célèbre dictateur congolais, Denis Sassou-Nguesso. C'est un dictateur 5 étoiles (Sa photo en Abidjan où il a eu à ses côtés Alassane Ouattara à défaut d'Emmanuel Macron).

Ce dernier qui dépense, tellement, en lobbying, après avoir, lamentablement, échoué à rencontrer Donald Trump, n'a pas trop de réussite, non plus, avec le jeune président français. Pour avoir une rencontre avec lui, Sassou-Nguesso, toujours très imaginatif dans ce domaine, avait, cette fois-ci, changé de fusil d'épaule. Il a, ainsi, dépêché son nouveau président de l'Assemblée nationale, Isidore Mvouba (dit le Chinois), à Paris, pour rencontrer son homologue français, l'écologiste, François De Rugy. On aurait pu croire qu'il s'agissait d'une rencontre classique entre parlementaires qui se respectent, sauf que Mvouba s'est mis à insister auprès de son collègue pour qu'il facilite une rencontre entre Macron et Sassou, en marge du Sommet Europe-Afrique, en Abidjan. L'ambassadeur congolais en France, le mathématicien, Rodolphe Adada, avec son éternel nœud papillon, participait à l'entretien, lui qui respire, désormais, l'air frais de Paris, loin des nuits hantées de Brazzaville, avec son épouse française.

Bref, pour ne pas être long, il n'y aura aucune rencontre entre le dictateur et le jeune président. Déjà, il a fait exprès d'arriver en retard en Abidjan, pour éviter certains chefs d'Etat. Il est arrivé quand les travaux avaient déjà commencé. Donc pas moyen de le coincer dans sa suite de l'hôtel Ivoire. D'autre part, il a convoqué, le 29 novembre, des séances de travail (sur la Libye notamment) jusqu'à une heure tardive de la nuit.

Et pour Sassou-Nguesso qui voulait faire le siège devant la porte de sa suite, jeudi, 30 novembre, pas de chance : Macron a choisi d'être absent pendant ce deuxième jour des travaux. Après l'inauguration des travaux du tramway d'Abidjan que le compte d'opération du Trésor public français finance pour 1,3 milliard d'euros (c'est la preuve que Ouattara ne soutient pas le maintien au sein de la Zone Franc pour rien), le jeune président français s'envole pour Accra, au grand désespoir du dictateur congolais, qui voulait, absolument, le rencontrer.

Le dossier du Congo-Brazzaville au FMI est bloqué pour mauvaise gestion excessive. Le Congo a caché certaines dettes (auprès des créanciers privés) que le FMI demande de mettre sur la table avant de continuer les discussions. On évalue la dette congolaise à près de 200% du PIB. Conséquence : Les négociations piétinent. Macron (l'ex-banquier) n'étant pas Hollande, on commence à avoir (très) peur de la suite du côté de Brazzaville. Sauf si la hausse des cours du pétrole vient sauver le dictateur.

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