TCHAD : Tortures, détentions au secret, licenciements, grèves interdites, chez Déby Itno, grand ami d'E. Macron

Tortures, détention au secret, manifestations interdites, des activistes de la société civile témoignent d'un durcissement, ces derniers mois, de la répression dans le Tchad du président, Idriss Déby Itno (sur notre photo recevant l'accolade affectueuse de Macron devant les soldats de la garde républicaine, il y a deux semaines, à l'Elysée). Ce pays où la ministre française des Armées, Florence Parly, se rend dimanche, 30 juillet, est l'un des alliés africains de l'Occident contre le djihadisme. Cela dit, c'est un adoubement plus que scandaleux qui montre que Macron est une incarnation d'Hollande dans sa politique africaine.

"Aujourd'hui, le gouvernement du Tchad est appuyé par les pays occidentaux au nom de la lutte contre le terrorisme. Les gens ont sacrifié la démocratie, les droits de l'homme, la bonne gouvernance, la liberté d'expression, au nom de la lutte contre le terrorisme", dénonce Nadjo Kaina, du mouvement Iyina ("Nous sommes fatigués" en arabe dialectal). Une vérité biblique pour ne pas dire coranique.

Lui-même a été arrêté, à plusieurs reprises, dont la dernière fois, en avril 2017, soit, quelques semaines, avant l'élection d'Emmanuel Macron : "J'ai été détenu au secret pendant 21 jours" par l'Agence nationale de sécurité (ANS, renseignement), raconte-t-il.

"J'étais les pieds enchaînés, les mains menottées, et pendant l'interrogatoire, on me mettait un sac avec des piments sur la tête. Je ne pouvais pas respirer pendant trois ou quatre minutes. J'agonisais. On l'enlevait, on m'arrosait avec de l'eau, on remettait et l'interrogatoire continuait toujours", poursuit le jeune homme de seulement 28 ans. Qui pouvait être le 5e fils de Halime, la première épouse de Déby qui totaliserait, actuellement, exactement, 15 "premières dames" dont la dernière (23 ans) est de nationalité soudanaise offerte par le dictateur soudanais, le général, Omar el Béchir, pour sceller leur réconciliation après plus d'une décennie à se faire la guerre par rebelles interposés.

L'activiste affirme qu'il a été interpellé à la suite d'un appel de son mouvement contre le chômage des jeunes, l'injustice et les privations des droits de l'homme.
Nadjo Kaina a, finalement, été libéré après avoir été condamné à six mois de prison avec sursis pour "tentative de rassemblement", tout comme un autre activiste d'Iyina, Bertrand Sollo, qui affirme avoir subi le même sort en détention.

Président du Collectif tchadien contre la vie chère, Dingamnayal Nely Versinis témoigne, également, après son interpellation musclée par l'ANS : "J'ai été soumis à des humiliations et des traitements inhumains".
"A la seconde séance de torture, ils m'ont allongé, ils ont pris un tuyau, ils l'ont enfilé dans ma bouche, ils ont ouvert le robinet à haut débit. Mon ventre ballonnait. L'eau sortait par l'anus, tous les orifices", raconte Dingamnayal Nely Versinis, reprenant un récit qu'il avait publié en mai sur internet.

"On me demandait qui me finance, les Américains, les Français. J'ai répondu non. Ils me répondent que si ce ne sont pas des Blancs, ce sont des hommes de l'opposition", ajoute l'activiste, finalement, relaxé faute d'éléments à charge.

"Je suis en liberté provisoire pour des raisons de santé", raconte un autre activiste, Maoundé Decladore, du collectif, "Ca doit changer!".

"Après mon enlèvement et ma détention secrète, j'ai été soumis à des interrogatoires sous lumière irritante. Et, aussi, on m'a fait avaler un aliment qui a déclenché une diarrhée. Au quatrième jour, j'ai vomi du sang en prison", poursuit-il.

Maoundé Decladore affirme avoir été inquiété à la suite d'un entretien donné à Radio France internationale (RFI) quelques mois auparavant.

La situation n'est guère meilleure dans des prisons ouvertes aux observateurs. "Nous avons pu constater à plusieurs reprises lors de notre passage dans ces prisons que les gens meurent par manque de nourriture, par manque de soins et pour cause de conditions déplorables d'hygiène", affirme Mahamat Nour Ibedou, de la Convention tchadienne pour la défense des droits humains.

Des journalistes ont, aussi, été inquiétés, ces derniers mois, et un blogueur, Tadjeddine Mahamat Babouri, se trouve en détention, depuis fin septembre 2016.

Ainsi va la vie dans la « République très démocratique » du général-tortionnaire, Idriss Déby Itno, grand ami du chef de l'Elysée, qui lui envoie son ministre de la Défense dimanche, 30 juillet. Une journée triste pour les démocrates tchadiens.

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