ZIMBABWE : Camarade Bob dit à ses partisans « Je suis encore là »

Qui a dit que Camarade Bob est impopulaire. C'est très très loin d'être le cas. L'homme est admiré pour avoir libéré son pays du joug du colon britannique. Il est admiré d'avoir fait de son pays une base arrière pendant la libération de l'Afrique du Sud par les Noirs de l'ANC. Il est admiré par son discours direct, sans peur, au colon britannique, et son allié américain. Bref, le catalogue est long. Personne ne dit que Big Brother ne compte pas des défauts. Il en a, aussi, un certain nombre. Mais, dans le global, il est un homme politique plus positif que négatif et si l'Afrique ne comptait que ce genre de dirigeants, on n'aurait pas à rougir de son sort. Ce n'est pas le cas malheureusement.

C'est en souvenir de cela que plusieurs centaines de milliers de ses sympathisants (notre photo), ont défilé, mercredi, 25 mai, à Harare, un mois, après une manifestation de l'opposition demandant sa démission.

"Quel cadeau vous donnez là au président ! Mais le président vous répond que vous nous faites là un cadeau à nous tous", a lancé Camarade Bob, du haut de ses 92 ans, sous les applaudissements nourris de ses supporters, dont nombre d'entre eux, avaient rejoint la capitale, dans des bus affrétés par son parti, la ZANU-PF.

Les organisateurs avaient baptisé l'événement "la marche d'un million d'hommes". La manifestation n'a, peut-être, pas atteint le million, mais de l'avis d'observateurs neutres, on n'en était pas très loin.

Nombre de jeunes militants portaient des tee-shirts à l'effigie de leur héros, Robert Mugabe, au pouvoir, depuis l'indépendance du Zimbabwe, en 1980, et scandaient des slogans favorables.
"Le camarade Mugabe n'est pas malade, les gens mentent", ont chanté les manifestants. "En avant avec le président Mugabe".

"Notre président porte le peuple dans son coeur et nous le soutenons", a assuré Taremedzwa Chikara, femme au foyer de 56 ans et membre de la ZANU-PF. "Nous sommes contents de marcher pour notre président. Nous voulons empêcher l'opposition de détourner l'attention de notre dirigeant".

Le mois dernier, le principal parti d'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), de Morgan Tsvangirai, avait rassemblé plus de 2.000 manifestants, à Harare, lors de la plus importante marche jamais organisée depuis une décennie contre le président Mugabe. La marche du mercredi, 25 mai, était la réponse du berger à la bergère.

Learnmore Muzarabani, un agriculteur de 28 ans, est venu, lui aussi, témoigner sa loyauté à Robert Mugabe, lors de la manifestation.
"Nous sommes ici parce que nous aimons notre président. Il a beaucoup fait pour nous. Il nous a donné des terres et nous approuvons son programme d'+indigénisation+", a-t-il expliqué, en référence à deux réformes clés mais controversées du fait que Londres avait refusé de jouer le jeu.

"Je suis au service du peuple. Si le peuple veut que je parte, je partirai. Mais maintenant où voulez-vous que j'aille ? Je ne vais nulle part", a assuré, mercredi, Camarade Bob, qui compte se représenter à la présidentielle de 2018.

Le chef de l'Etat s'en est aussi pris aux "traîtres" de son parti, qui ont engagé une bataille pour sa succession. "Il ne devrait pas y avoir de petits groupes qui promeuvent telle ou telle chose. Ces petits groupes sont formés de traîtres qui empoisonnent le parti", a-t-il affirmé.

L'âge du président et certains signes visibles de faiblesse alimentent les rivalités au sein de la ZANU-PF. Mais le président marche, généralement, sans aide, et mercredi, il a prononcé un discours fleuve d'une heure trente. Comme au bon vieux de temps où il haranguait les foules contre le colon britannique. C'était du venez voir.

Pour son épouse, Grace Mugabe (notre photo), 50 ans, la chose est entendue pour son « irremplaçable » de mari : "On fera de toi notre dirigeant même depuis ta tombe (...) parce que nous savons que tu es celui qui nous unit."

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