Lorsqu’il transférait le pouvoir à Bassirou Diomaye Faye en mars 2024, Macky Sall savait pertinemment que les caisses de l’Etat sénégalais étaient plus vides qu’elles ne le paraissaient. Parti se réfugier au Maroc, l’ancien président, resté proche d’Emmanuel Macron, savait aussi que l’heure du bilan finirait par sonner, à l’image des conclusions du rapport d’audit de la Cour des comptes sur la dette du Sénégal, qui ne tourne pas autour de 74% du PIB, mais plutôt de 106%.
Contestataire, dans un premier temps, de ce résultat, puis, devenu muet comme une carpe depuis leur confirmation par le Fonds monétaire international (FMI), Macky Sall voit aujourd’hui un de ses proches collaborateurs basés dans l’Hexagone, Amadou Daff, être, lui aussi, rattrapé par une histoire de mauvaise gouvernance. Coordonnateur, en France, de l’ancien parti au pouvoir, son interpellation à Paris donne raison au dicton “dis moi avec qui tu marches et je te dirai qui tu es”.
Il est soupçonné d’avoir détourné plus d’un demi-million d’euros de financements publics pendant près d’une décennie via un organisme qui n’existe plus aujourd’hui. Un stratagème qui a été exposé grâce à un audit, comparable à celui commandité contre son ancien patron pour le compte des nouvelles autorités sénégalaises. L’une des questions, qui brûle sur les lèvres des observateurs est de savoir si le locataire de l’Elysée savait que son bon ami, Macky, le truandait.
Avec ce dernier à la tête du Sénégal, la mal gouvernance a fini par atteindre des seuils alarmants au point de s’exporter vers des représentants à l’étranger. Arriver à duper année après année, les unes après les autres, les équipes du FMI et de la Banque mondiale qui défilaient à Dakar dans le cadre de missions périodiques est révélateur du savoir-faire frauduleux de Macky Sall et des siens. Même si on peut s’interroger sur la rigueur des deux institutions de Bretton Woods (par ailleurs donneuses de leçons de bonne gestion devant l’éternel).
Dans le rapport final de la dernière mission du FMI au Sénégal, l’auditeur en chef a soigneusement rejeté la faute sur le manque de transparence de l’ancienne équipe au pouvoir dans ses rapports financiers transmis. On aurait presque dit qu’il lui avait été interdit d’admettre l’erreur de son organisation, sans laquelle un avis favorable n’aurait pas été donné sur la gestion de la dette par Dakar, ni induit les marchés financiers en erreur, plombant les finances du pays.

Mis en examen par le parquet de Versailles, Amadou Daff comparaîtra devant une Cour en juin prochain. D’ici là, il n’est pas du tout impossible que son mentor ne se retrouve dans une posture similaire au Sénégal, en dépit des agitations incessantes faites par ses partisans à l’égard du PASTEF d’Ousmane Sonko et de Bassirou Diomaye Faye, qui subissent la pression populaire de ne pas faire cas de la loi d’amnistie signée à l’aube des dernières élections présidentielles.
Paul-Patrick Tédga
MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC)