SERVICE DE LA DETTE : Comment tentent de s’en sortir les nations africaines ?

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Le service de la dette est une grosse épine dans les bottes des économies africaines. Véritable frein au développement durable, elle  fait régulièrement l’objet de demandes des gouvernements africains désireux d’obtenir un allègement, voire, une annulation, auprès des bailleurs de fonds internationaux. Face à la résistance de ces derniers, l’Afrique s’est  résignée à se serrer la ceinture. Ce qu’elle aurait dû faire dès le départ.

Selon des chiffres officiels, la Tunisie aurait remboursé plus de 46% de sa dette extérieure pour l’année en cours, soit près de 1.2 milliard de dollars. Engluée dans une crise aigue de liquidités, elle avait appellé le FMI au secours avant de changer d’avis par la suite au regard des conditions draconiennes auxquelles elle devait se soumettre. Le président, Kaïs Saïed, s’était alors tourné vers des acteurs domestiques et le monde arabe dont l’Arabie Saoudite, pour une assistance financière destinée au service de la dette extérieure (sur notre photo, il est à Ryad avec le prince héritier en décembre 2022).

Dans un autre registre, le Burkina Faso a, par la voix de son premier ministre, annoncé avoir épongé 75% de sa dette intérieure au 31 décembre dernier. Décidé à maintenir son pays sur la voie de la souveraineté, le capitaine-président, Ibrahim Traoré, avait priorisé le remboursement de la dette contractée auprès des créanciers burkinabè. C’est ainsi que 3000 milliards de F CFA leur ont été restitués sur les 4195 milliards  initialement dus. En se concentrant sur la dette intérieure, le chef de l’Etat veut permettre au secteur privé de financer l’essor de l’économie locale.

A défaut d’être un grand politicien, Bola Tinubu tente de faire montre ses qualités de gestionnaire financier. En effet, son gouvernement a annoncé avoir réduit le service de la dette souveraine nigériane de 570 à 276 millions de dollars entre janvier et mars 2025. Une diminution rendue, en partie, possible grâce aux efforts de restructuration de la dette engagés par ses équipes auprès du FMI et de la Banque mondiale. Cependant, elle risque être de courte durée si le Nigeria ne réduit pas la sur-dépendance de son budget à l’emprunt.

La gestion de la dette est un exercice délicat pour les dirigeants africains compte tenu des conséquences qu’elle a engendré sur le quotidien de leurs populations. La stratégie d’Ibrahim Traoré de se focaliser en premier lieu sur l’apurement de la dette intérieure devrait gagner en popularité dans un continent qui se revendique souverain.

Paul-Patrick Tédga

MSc in Finance (Johns Hopkins University – Washington DC)

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