Congo-Brazzaville

Sassou Nguesso est né avant la honte. Sévèrement battu à l'élection présidentielle qu'il dit avoir gagné après avoir coupé internet et le téléphone dans tout le pays pendant 4 jours, il se permet, maintenant, d'emprisonner le candidat qui a refusé de reconnaître son hold up électoral.

Pour la première fois depuis plusieurs mois, le dictateur a quitté Brazzaville, lundi, 13 juin, pour participer à un Sommet, à Luanda, où il a passé la nuit. Il a pris son courage à deux mains après avoir obtenu toutes les garanties de son homologue, José Eduardo dos Santos, de voler à son secours si quelque chose lui arrivait pendant son séjour en Angola.

Le dictateur ne passe plus la nuit hors du Congo-Brazzaville. Cela veut tout dire. Il sait qu'il ne fait plus l'unanimité dans son camp politique et dans son armée. Mais, grâce à ses réseaux, il plie sans rompre.

Pour que Bongo Ondimba Ali (BOA) accepte d'aller implorer la clémence du dictateur, sur ses terres, à Oyo, il faut que ça aille très mal pour lui, sinon, il s'en serait passé. Sassou est-il, donc, devenu (si) incontournable dans la survie présidentielle de BOA ?

C'est une grande première au Congo car il n'y a pas si longtemps, le camp présidentiel bottait en touche quand on lui évoquait le mot « Dialogue » qu'il souhaitait, par ailleurs, enlever du vocabulaire politique national. Aujourd'hui, beaucoup d'eau a coulé sous le pont. Au PCT et au gouvernement, on reconnaît, en privé, que le dictateur n'est plus que l'ombre de lui-même. Et qu'il vaut mieux, vite, s'asseoir et parler. En frères sœurs.

Sassou Nguesso n'aime pas qu'on lui résiste. C'est le propre d'un dictateur. Habitué à avoir tous les hommes et toutes les femmes du Congo à ses pieds, il est, désagréablement, surpris à chaque fois qu'on lui oppose une fin de non recevoir. Voilà ce qui a conduit droit en prison Paulin Makaya.

Le dictateur est très mal à l'aise d'avoir entrepris un combat qu'il n'était pas en mesure de gagner. Celui du rappel de l'ambassadrice de l'Union européenne, Saskia de Lang, à qui il est reproché de bien faire son travail. Le dictateur avait brandi la même menace l'année dernière à l'encontre de Stéphanie Sullivan. Oncle Sam lui avait opposé une fin de non recevoir. Conclusion : contrairement à Brazzaville, Bruxelles et Washington ne sanctionnent pas leurs diplomates pour avoir fait du bon travail.

Le dictateur a pu parler mercredi, 18 mai, dans la soirée, au téléphone, avec le secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-moon. L'initiative de l'appel revenait à ce dernier, qui a (re)demandé au dictateur d'ouvrir le Pool aux humanitaires et de dialoguer avec l'opposition.

Saskia de Lang restera ambassadrice de l'Union européenne au Congo-Brazzaville. Décision de Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne. Tout comme, l'année dernière, John Kerry avait tapé du poing sur la table quand le dictateur avait osé demander le rappel de Stephanie S. Sullivan. A chaque fois, c'est la honte, toute bue, pour le dictateur.

Le Congo Brazzaville est dans une situation complexe. Depuis la "victoire" (avec 8% des voix) du dictateur, la crise multidimensionnelle qui existe dans le pays, depuis une  décennie, a atteint son paroxysme.  Il n'est plus un secret pour personne que les élections au Congo ont, toujours, été le véritable motif des violences, dont la très violente guerre civile de 1997. Mathias Dzon avait refusé d'y aller. Ses amis pensent qu'il a eu raison de ne pas aller à la présidentielle. Maintenant, il invite l'opposition à s'organiser pour affronter le dictateur dans un futur et incontournable dialogue.

La communauté internationale, par sa fermeté actuelle, veut contraindre le dictateur au dialogue avec l'opposition. C'est la chose que Sassou Nguesso craint le plus au monde, depuis qu'il est sorti (vivant) du ventre de sa mère.

Dans son dernier gouvernement, Sassou Nguesso a dressé le nom de 38 ministres dont celui de sa nièce, Arlette Nonault, qui devient ministre du Tourisme et des Loisirs. Cette nomination pose un problème déontologique et éthique à son mari qui devrait quitter ses fonctions, à Paris, pour éviter un conflit d'intérêt dans le domaine du traitement de l'information.

Le marabout nigérien, Tandja Bachir, a fait une mise au point fracassante parue dans la presse (Brazza News-Congo Objectifs du 4 août 2015) aux termes de laquelle, il a eu des démêlés avec le président, Denis Sassou-Nguesso, en faveur duquel il travaillait depuis le 21 décembre 1997 pour envoûter le peuple congolais afin de le soumettre mystiquement à sa personne.

On savait que Sassou Nguesso arrive à conserver le pouvoir par la ruse et le sang. Dans cette interview, l'ancien premier ministre, Alphonse Souchlaty Poaty, fait état de révélations fracassantes qui peuvent déstabiliser le clan qui dirige le pouvoir congolais.

Sassou Nguesso a désigné Clément Mouamba premier ministre chef du gouvernement. Mouamba n'aura pas à choisir à proprement parler les ministres avec qui il souhaiterait travailler. Il a trouvé la liste du gouvernement déjà toute faite, prête à être consommée.

L'Union africaine n'attend que le feu vert du dictateur pour désigner un médiateur de la crise congolaise. De son côté, Ban Ki-moon vient en renfort dans un courrier où il lui demande de favoriser le dialogue avec l'opposition.

Sassou Nguesso a beau résister à la communauté internationale et être plus fort que le ciel et la terre réunis. Il est, déjà, acculé. Sa situation risque, même, de devenir intenable s'il n'a pas la sagesse de desserrer, vite, l'étau.

Fausse attaque du Sud de Brazzaville, incessants bombardements de plusieurs localités du département du Pool, interdiction des manifestations, mise en résidence surveillée de trois anciens candidats à la présidentielle, mise de Brazzaville sous état de siège comme s'il y avait un coup d'état dans l'air. Résultat : une investiture au rabais. Question au dictateur : « Tout ça pour ça » ?

Cette question est plus que jamais posée. A quelques heures de l'investiture d'un « vainqueur » qui a, royalement, perdu l'élection. Et qui rend, sans objet, le pouvoir du vote libre arraché par les Congolais et les Congolaises, lors de la Conférence nationale souveraine de 1991.

Le dictateur ne tient plus debout. Il a de plus en plus peur de tomber à tout moment. Pour sauver son siège, désormais, éjectable, il utilise des méthodes d'un autre temps. Après le bombardement par son armée des localités du Pool, il s'est mis à mettre ses opposants en prison à tour de rôle. Après Okombi Salissa et Mokoko, c'est le tour de Claudine Munari d'être privée de ses mouvements. La ville de Brazzaville est devenue une prison à ciel ouvert.