Congo-Brazzaville

L'Union africaine n'attend que le feu vert du dictateur pour désigner un médiateur de la crise congolaise. De son côté, Ban Ki-moon vient en renfort dans un courrier où il lui demande de favoriser le dialogue avec l'opposition.

Sassou Nguesso a beau résister à la communauté internationale et être plus fort que le ciel et la terre réunis. Il est, déjà, acculé. Sa situation risque, même, de devenir intenable s'il n'a pas la sagesse de desserrer, vite, l'étau.

Fausse attaque du Sud de Brazzaville, incessants bombardements de plusieurs localités du département du Pool, interdiction des manifestations, mise en résidence surveillée de trois anciens candidats à la présidentielle, mise de Brazzaville sous état de siège comme s'il y avait un coup d'état dans l'air. Résultat : une investiture au rabais. Question au dictateur : « Tout ça pour ça » ?

Cette question est plus que jamais posée. A quelques heures de l'investiture d'un « vainqueur » qui a, royalement, perdu l'élection. Et qui rend, sans objet, le pouvoir du vote libre arraché par les Congolais et les Congolaises, lors de la Conférence nationale souveraine de 1991.

Le dictateur ne tient plus debout. Il a de plus en plus peur de tomber à tout moment. Pour sauver son siège, désormais, éjectable, il utilise des méthodes d'un autre temps. Après le bombardement par son armée des localités du Pool, il s'est mis à mettre ses opposants en prison à tour de rôle. Après Okombi Salissa et Mokoko, c'est le tour de Claudine Munari d'être privée de ses mouvements. La ville de Brazzaville est devenue une prison à ciel ouvert.

La chasse aux lettres de félicitation bat son plein à Brazzaville. Deux services, à la présidence de la République et au Ministère des Affaires étrangères, ont été réquisitionnés, à cet effet : coups de téléphone, emails, fax, émissaires, tout y passe. Le dictateur est, véritablement, aux abois.

Ca chauffe au Congo-Brazzaville. Washington et l'Union européenne, après plusieurs jours de silence (réflexion?) viennent de reconnaître que Sassou n'est pas le (réel) vainqueur de la présidentielle du 20 mars. C'est la colère et l'indignation dans l'entourage du dictateur. L'opposition reprend confiance.

Comment Sassou Nguesso peut-il dire avoir gagné les élections dès le premier tour avec 60,39% des voix (comme il l'a clamé haut et fort) et envoyer l'armée massacrer les gens qui l'ont élu ? Arrivera-t-il à mater, dans le sang, comme il a commencé à le faire, l'IDC et le FROCAD qui refusent cette forfaiture ?

Le dictateur est en train de remuer ciel et terre pour débusquer un des 5 Grands Candidats de l'opposition pour en faire un allié devant la communauté internationale. Guy Brice Parfait Kolelas sera-t-il cet allié ?

Après avoir créé la panique hier à Brazzaville pour permettre la proclamation (passée sous silence) de sa victoire par la Cour constitutionnelle (aux ordres), le dictateur est passé aujourd'hui à la seconde phase de son plan : le pilonnage en règle des localités de Mayama et Soumouna, et l'encerclement par des blindés de l'armée des candidats jugés dangereux.

Des milliers d'habitants du Sud de Brazzaville ont fui leurs quartiers, après plusieurs heures d'échanges de tirs et de canonnades provoqués par une attaque menée par les miliciens du camp présidentiel, pense-t-on.

Après avoir gagné une élection que l'opposition et la communauté internationale contestent, Sassou a, définitivement, perdu son calme : comme en 1997, il a provoqué, cette nuit, une attaque dans les quartiers Sud de Brazzaville où on compte déjà près d'une vingtaine de morts et des biens brûlés. Le bilan est tout aussi lourd à Pointe Noire, la cité pétrolière. Vue la gravité de la situation, l'ancien candidat, Guy Brice Parfait Kolelas, appelle les hommes de Dieu et la communauté internationale au secours.

Annoncé hier, à Niamey, Sassou Nguesso a, plutôt, voyagé ce matin, au départ d'Ollombo (Oyo), afin d'assister à l'investiture du président, Mahamadou Issoufou, et quémander, par la même occasion, des soutiens auprès de ses homologues présents à cette cérémonie.

Le dictateur a mis le cap contraint forcé sur Bangui. En tant que médiateur de la crise centrafricaine, qui lui permettait d'occulter, sur le plan international, ses multiples entraves aux libertés et droits de l'homme, au Congo, il devrait y prononcer un discours. Le dernier. Toutefois, il sera perçu comme un exemple à ne pas suivre : un chef d'Etat qui organise son passage en force électoral à 3 heures du matin, après avoir posté 5.000 militaires et policiers dans Brazzaville.

Même pas honte. Denis Sassou Nguesso, du haut de son suprême orgueil, refuse d'admettre sa (très grosse) défaite électorale, malgré 27 milliards de F CFA dépensés pour sa campagne. Il veut faire tirer sur le peuple qui, cette fois, n'est plus prêt à le laisser voler la victoire de l'opposition, comme par le passé.

La CENI de l'opposition dirigée par Bowao a réalisé, exactement, le même travail que la CENI officielle de Mbouka. Sauf que les résultats des deux CENI sont diamétralement opposés. Voici les résultats de l'opposition tels qu'ils nous sont parvenus il y a quelque temps.

Denis Sassou Nguesso souhaiterait rencontrer les journalistes en début de soirée. Au moment où Mbouka va proclamer les résultats de la CENI officielle. Une coïncidence hasardeuse ? La CENI de l'opposition gérée par Bowao dispose aussi de ses propres résultats. Sassou est-il tenté par le passage en force ? Cela lui serait fatal.

Denis Sassou Nguesso aurait été battu. A plate couture. Pas de coup KO. Pas même de deuxième tour. Il va devoir sortir par la petite porte. On attend la confirmation par sa CENI officielle. Mais les résultats circulent déjà sous les boubous.

Après 32 ans de dictature ravageuse à la tête du Congo, Denis Sassou Nguesso, candidat à sa succession, a affirmé qu'il est seul à proposer un programme pendant cette campagne. Pour le prendre en flagrant délit de mensonge, nous vous proposons les grandes lignes du programme de la candidate, Claudine Munari, la seule femme candidate à cette présidentielle. Jugez-en vous-même.

Claudine Munari est candidate à l'élection présidentielle du 20 mars prochain. Dans cette interview, publiée dans le numéro 433 du 15 au 29 février d'Afrique Education, actuellement, chez les vendeurs de journaux, elle donne quelques grandes lignes de son programme de manière concise, en disant ce qu'elle compte faire et comment, si elle accédait à la magistrature suprême.