Gabon

C'est désormais la mode dans les « démocratures » africaines, le fait de proclamer les résultats présidentiels (truqués) en pleine nuit, après avoir pris le soin de poster des militaires et des chars à chaque carrefour de la capitale. C'est ce qui s'est passé, cette nuit, à Libreville, où la « Tour de Pise » (Cour constitutionnelle) a proclamé Bongo Ondimba Ali (BOA) vainqueur de l'élection présidentielle du 27 août 2016. Un verdict contesté.

Un ancien patron du renseignement du Gabon, Léon-Paul Ngoulakia, par ailleurs, demi-frère du président, Bongo Ondimba Ali (BOA), récemment, passé à l'opposition, a été interpellé, vendredi, 23 septembre, à Libreville, apprend-on de sources concordantes. BOA est, tellement, aux abois au point de procéder à l'arrestation de son propre demi-frère ? Voilà qui ne va guère faciliter la réconciliation dans cette grande famille où le plus grand diviseur (commun) s'appelle BOA lui-même.

La décision de la Cour constitutionnelle est attendue dans tout le pays. Hier, à l'issue de l'audience publique, les deux avocats des deux grands candidats ont fait valoir leurs doléances : le ré-comptage des bulletins de vote bureau par bureau en présence des deux parties et des observateurs de la communauté internationale, pour Jean Ping, et le ré-comptage des voix (pas seulement pour le seul Haut-Ogooué) mais pour l'ensemble des neuf provinces ainsi que les votes de la diaspora, pour Bongo Ondimba Ali (BOA). Il n'est pas exclu que le verdict de la Cour soit renvoyé à plus tard.

C'est contraint forcé que Bongo Ondimba Ali (BOA) a saisi la Cour pénale internationale (CPI). La semaine dernière, il avait refusé les visas d'entrée à la mission d'Amnesty International qui voulait enquêter sur les massacres post-électoraux au Gabon. Aujourd'hui, changement de stratégie : BOA saisit la procureure Fatou Bensouda de la CPI. C'est un tango à n'y rien comprendre. Visiblement, il ne sait plus sur quel pied danser.

Se sachant battu à la présidentielle du 27 août dont les résultats de la province du Haut-Ogooué ont fait scandale, Bongo Ondimba Ali (BOA), qui a refusé de quitter le pouvoir, la tête haute, craindrait un coup d'état militaire, pour le déloger du Palais du Bord de Mer où il se maintient par la seule force des armes.

Alors qu'il devrait sur-occuper l'espace médiatique et politique, matin, midi et soir, en tant que vainqueur de l'élection présidentielle du 27 août, Jean Ping se fait moins sentir que le candidat battu, Bongo Ondimba Ali (BOA). Si c'est vrai que les tonneaux vides font beaucoup de bruit, les Gabonais ont, quand même, besoin de sentir que Jean Ping est, toujours, là, à leurs côtés.

Plus de deux semaines après le début des violences post-électorales meurtrières, qui ont secoué le Gabon, des familles continuent leur quête macabre et angoissée de proches, qui n'ont plus donné signe de vie. Parmi les disparus sans nouvelles, quelques Franco-Gabonais.

La légion étrangère devrait être un souvenir ancien dans quelques jours. A condition que les Gabonais et les Gabonaises qui en ont été les premières victimes de sa calamiteuse gestion, le veuillent. Pour cela, il est recommandé aux partisans de la majorité présidentielle de peser, de toutes leurs forces, pour que la Cour constitutionnelle, dise le droit, rien que le droit, ce qui éviterait de plonger le Gabon dans une ruineuse guerre civile.

Il y a deux ans, quand il annonçait sa candidature à l'élection présidentielle, après avoir démissionné du PDG, peu de Gabonais donnaient du crédit aux déclarations de Jean Ping. Le voilà qui a réussi à ridiculiser Bongo Ondimba Ali (BOA) après l'avoir exposé à la face du monde comme un vulgaire petit fraudeur incompétent. La prochaine étape, la plus ardue, est celle de son éviction par les moyens démocratiques. Si BOA ne se montre pas beau joueur, tous les coups seront, alors, permis.

Enfant gâté, Bongo Ondimba Ali (BOA) a obtenu le pouvoir, en 2009, après la mort de son père, comme un jeu d'enfant. De la même manière, il va le perdre, en 2016, comme un jeu de gosse.

Originaire du tiers-monde (l'Argentine), le Très Saint-Père, François, est très sensible à la souffrance. Il l'a montré, l'année dernière, en se rendant, à Bangui, malgré les avis contraires de la France, que nul ne peut l'arrêter quand il faut aller prier pour partager la douleur de ses semblables. Finalement, son voyage en Centrafrique s'était très bien déroulé. Aujourd'hui, après avoir élu son chef d'Etat, le Centrafrique retrouve, peu à peu, les chemins de la paix et du développement. Qu'en est-il du Gabon qui voudrait emprunter le mauvais chemin d'hier du Centrafrique ? Le pape a interpellé les Gabonais, à commencer, par Jean Ping et Bongo Ondimba Ali, mais aussi, Mgr Basile Mvé Engone.

Un des ministres les plus zélés de Bongo Ondimba Ali (BOA), le ministre de l'Intérieur (Elections), Pacôme Moubelet-Boubeya, a réussi à se mettre les Gabonais à dos, à cause des actes et des comportements iniques, pour lesquels, tôt ou tard, il devra rendre des comptes. Ce moment n'est plus très loin sauf s'il change : il n'est pas encore trop tard pour bien faire.

Vendredi, 9 septembre, Bongo Ondimba Ali (BOA) a accordé une interview à l'AFP où il se dit « confiant » que la décision de la Cour constitutionnelle, suite au recours de Jean Ping, lui sera favorable. Décidément, BOA devient trop bavard ces derniers jours. RFI par-ci, RTL et Europe 1 par-là. Hier l'AFP. Tous, des médias français. De quoi notre BOA national a-t-il peur ? Dans tous les cas, Méthode Coué ou non, ses jours au Palais du Bord de Mer sont, clairement, comptés. Il le sait.

Il revient de très loin, S.E. Germain Ngoyo Moussavou, ambassadeur du Gabon en France. N'eût été la prompte intervention des CRS (police française) qui stationnaient, à côté de l'ambassade haute représentation du Gabon en France, on conjuguerait, aujourd'hui, sans jeu de mots, le nom de l'ambassadeur au passé composé.

Franco-Camerounais détenu, pendant 17 ans, au Cameroun, et libéré, en 2014, suite à un avis du Groupe de travail sur la détention arbitraire de l’ONU, Michel Thierry Atangana a réagi à la disparition d'une quinzaine de ressortissants Franco-Gabonais, suite à l'élection présidentielle gabonaise du 27 août.

Afriqueeducation.com vous l'a annoncé hier : le président en exercice de l'Union africaine, Idriss Déby Itno, éprouve beaucoup de difficultés pour constituer un groupe de haut niveau de chefs d'Etat devant assurer la médiation au Gabon. Pour cacher son échec, il se dit fatigué après sa participation au Sommet du G 20 en Chine.

Une semaine après l'assaut par les forces de sécurité du QG de l'opposant gabonais, Jean Ping, à Libreville, ses partisans présents sur les lieux dans la nuit du 31 août au 1er septembre, restent, profondément, traumatisés par la violence déployée, qui nourrit son lot de questions sans réponse, à commencer par le nombre de victimes.

Il est écrit dans la Bible que : « Qui crache en l'air retombe sur son visage ». Peut-être que le président en exercice de l'Union africaine (UA), Idriss Déby Itno, musulman de son état, ne connaît-il pas ce passage biblique puisqu'il n'existerait pas son équivalent dans le Saint Coran. Qu'importe ! La traduction n'est pas compliquée : après avoir fourni des mercenaires à Bongo Ondimba Ali (BOA) pour participer à des massacres (« 50 à 100 morts » selon Jean Ping), Idriss Déby Itno ne peut plus s'afficher comme facilitateur : il est juge et partie, pour certains chefs d'Etat africains contactés.

Dans le camp de Bongo Ondimba Ali (BOA), on n'y croit plus. Le rouleau compresseur de Jean Ping est, tellement, soutenu qu'il se renforce, tous les jours, avec la position pressante de la Communauté internationale, qui, après avoir, observé l'élection, a pris position contre les fraudes (massives) orchestrées par le camp présidentiel. Pour la première fois, on a l'impression que le vote des électeurs ne sera pas détourné. A moins que le président du Tchad, Idriss Déby Itno et ses homologues, ne désavouent, publiquement, et le Conseil de sécurité, et l'Union européenne, et le département d'Etat américain, et le Quai d'Orsay, et le premier ministre français, ce qui fait, quand même, beaucoup de monde. De poids.

A quelques heures de l'arrivée de la Mission de haut niveau de l'Union africaine (UA), à Libreville, la Haute-Représentante/Vice-Présidente de la Commission européenne, Federica Mogherini, et le Commissaire à la Coopération internationale et au Développement, Neven Mimica, rappellent la position de l'Union européenne (UE) qui est la même que celle du Conseil de sécurité des Nations-Unies, des Etats-Unis et de la France.