Henri Konan Bédié.

Il s'agit des sénateurs PDCI, Séri Bi Guessan, Bassy Koffi Bernard et Valérie Yapo, qui ont été libérés, de la MACA, dans la nuit du 25 au 26 novembre. Il faut rappeler que ces sénateurs étaient enfermés dans la prison d'Abidjan, depuis le 3 novembre, sans levée préalable de leur immunité parlementaire. Ce qui montre que la Côte d'Ivoire du « menteur d'Abidjan » est tout sauf un état de droit. Tout se fait à la tête du client. Pendant ce temps, les députés de l'opposition arrêtés au même moment, croupissent, toujours, en prison, avec une autre quinzaine de responsables de l'opposition et de la société civile. Qui a dit que "le menteur suprême" voulait la paix ?

 

 

« A sa demande, j'ai accepté ce mercredi, 11 novembre 2020, de rencontrer Alassane Ouattara au nom de toutes les plateformes politiques de l'opposition. J'étais, pour cette occasion, accompagné du vice-président du PDCI-RDA, le général, Gaston Ouassenan Koné. Lors de cet entretien, il a principalement été question de la préservation de la paix en Côte d'Ivoire. Nous avons convenu de nous revoir prochainement.

Avant cette nouvelle rencontre, il semble indispensable, pour les plateformes politiques de l'opposition, de faire le point sur leurs attentes et leur vision de l'avenir. Je les invite à cet effet à une rencontre, le vendredi, 13 novembre 2020, à 12 h » (fin du court message publié par le président du Conseil national de transition (CNT) et du PDCI, Henri Konan Bédié, quelque temps après sa rencontre-surprise avec l'ancien président Ouattara, au Golf Hôtel).

 

 

Après avoir enfermé le secrétaire exécutif du PDCI, le professeur, Maurice Kakou Guikahué, à la MACA (Maison d'arrêt et de correction d'Abidjan), ainsi qu'une dizaine de membres du Cabinet du président, Henri Konan Bédié, et du secrétariat général du parti, et mis en résidence surveillée, les anciens ministres, le docteur, Assoa Adou et le professeur, Hubert Oulaye, tous deux du FPI, le porte-parole de l'opposition, Pascal Affi N'Guessan a été arrêté à la frontière du Ghana qu'il cherchait à traverser vendredi, 6 novembre, soir. « Le menteur d'Abidjan » croit ainsi décapiter le mouvement. S'il le pense vraiment, alors, alors, il a tort sur toute la ligne. Car qu'il le veuille ou non, le ver est, déjà, dans le fruit, et en profondeur du fruit.

 

Réunis ce 2 novembre, les partis et groupements politiques de l'opposition unie, annoncent la création du Conseil national de transition (CNT). Présidé par Henri Konan Bédié, président du PDCI et de la plateforme CDRP, le CNT va engager, véritablement, l'opposition dans l'après-Ouattara.

 

Aux yeux de nombreux Ivoiriens, George Weah n'est plus, seulement, l'excellent footballeur adulé qui fit les beaux jours du Tonnerre de Yaoundé, de Monaco, du PSG et de Milan AC. Devenu président du Liberia après avoir été sénateur, il trempe, aujourd'hui, dans les affaires de sang en Côte d'Ivoire. Depuis qu'il a annoncé sa candidature pour un 3e mandat anticonstitutionnel le 6 août, « le menteur d'Abidjan » a provoqué une très grande colère au sein de la population. Pour se protéger, il a fait appel aux tueurs du président, George Weah.

Si lors de ces nombreuses visites à l'intérieur du pays, Alassane Ouattara a souvent annoncé un Coup KO et donné une image de sérénité, eh bien, c'est une bien belle fausse impression. Son inquiétude grandit à mesure que la date de l'ouverture officielle de la campagne approche et que le mot d'ordre de désobéissance civile de l'opposition monte en puissance. Le giga-meeting du 10 octobre a fini par le convaincre que ses jours à la tête de la Côte d'Ivoire étaient comptés : Un million de personnes étaient attendues dont les 2/3 ont été bloquées par les policiers et gendarmes dans leurs cars dans les environs d'Abidjan. Après avoir vu cette démonstration de force (après celle de Yamoussoukro lors de l'investiture de Bédié il y a quelques semaines), il a, très rapidement, dépêché son directeur de cabinet voir le président ghanéen et président en exercice de la CEDEAO, Nana Akufo-Addo, qui rentrait de Bamako. Objectif : ouvrir une négociation avant l'organisation de la présidentielle. D'autre part, Ouattara a demandé à Akufo-Addo d'intervenir en sa faveur auprès du roi des Ashanti, Otumfuo Nana Osei Tutu II, pour qu'il parle à Henri Konan Bédié. Les Ashanti sont une communauté peuplant le Ghana et la Côte d'Ivoire, à laquelle appartient Henri Konan Bédié. Pour la petite histoire, le roi Otumfuo a accédé au trône en 1999 au moment où le président Bédié, lui, perdait le pouvoir à Abidjan, en décembre de la même année, victime d'un coup d'état militaire fomenté par Alassane Ouattara en personne. Le roi le sait sans doute très bien.

Le choix d'Alassane Ouattara, président de Côte d'Ivoire et « chef de la famille Gon Coulibaly », porté sur son « fils », Amadou Gon Coulibaly, comme candidat RHDP lors de l'élection présidentielle d'octobre prochain, avait été vivement contesté. C'est le moins qu'on puisse dire. Ce choix n'était pas seulement contesté dans le pays tout entier où les Ivoiriens affirmaient que Ouattara n'est pas un gentleman en voulant remplacer un musulman (lui-même) par un autre musulman (son « fils » Gon Coulibaly) à la tête du pays. Ce choix de Ouattara était, surtout, contesté parce qu'il entraîna, aussi, le départ de plusieurs ténors du RHDP dont le président de l'Assemblée nationale, Guillaume Soro, et le vice-président de la République, fidèle parmi les fidèles du président de la République, Daniel Kablan Duncan. Auparavant, le plus célèbre de tous les RHDP, Henri Konan Bédié, quittait aussi le navire. Bédié n'est pas n'importe qui. Ancien président de la République et faiseur de roi à deux reprises avec l'élection de Ouattara en 2010 et 2015, il est l'inspirateur et le premier président de cette organisation politique, qu'il fut contraint de quitter parce que le président Ouattara refusait de respecter les accords qu'il avait signés avec le PDCI-RDA au nom de l'alternance à la tête de l'Etat.
Après la mort (pour le moment inexpliquée) d'Amadou Gon Coulibaly, Alassane Ouattara a cherché à le remplacer en devenant, lui-même, le candidat du RHDP. Mais, cette fois, c'est la France qui s'oppose, ouvertement, à sa candidature.

“ Opposez-vous à toute modification de la Constitution en vigueur !” Cette injonction adressée aux militants du PDCI à Daoukro, le 12 janvier 2020, ne vous rappelle rien ? Si vous avez oublié, permettez que je vous rafraîchisse la mémoire. Nous sommes en 1993. L’éternel putschiste et usurpateur vient d'échouer à s’asseoir dans le fauteuil présidentiel malgré le soutien de Grégoire Philippe Yacé qui n’avait pas digéré son éviction au profit de Konan Bédié dans la course à la succession du premier président de la République. Poussé par Laurent Dona Fologo, secrétaire général du PDCI et escorté par quelques gendarmes, l’enfant de Daoukro se rend dans les locaux de la RTI pour s’adresser aux Ivoiriens. Entres autres choses, il leur dit ceci : “Mettez-vous à ma disposition !” Beaucoup d’Ivoiriens sont choqués qu’on leur parle de la sorte. Pourquoi ? Parce qu’ils croient que les hommes politiques sont au service et à la disposition du peuple, parce qu'ils s'imaginent que celui-ci, le Peuple, est l’employeur et que députés, ministres et président de la République, ne sont que des employés. Ils ne comprennent pas que le successeur d’Houphouët adopte un ton martial pour sa première allocution télévisée mais ne s’offusquent pas outre mesure de cet impair car, pour eux, l’essentiel, à savoir, le respect de la Constitution, a été préservé.

« PDCI-Renaissance », voilà le nom donné par les Ouattaristes à cette machine à broyer le PDCI-RDA de l'intérieur. En avant, les ministres PDCI membres du gouvernement qui, pour le moment, refusent de choisir l'un des deux camps, et qui, surtout, préfèrent rester au gouvernement où ils bénéficient de beaucoup de privilèges. Une sorte de corruption version Ouattara (formé au FMI) qui ne dit pas son nom mais dont les effets risquent d'être détestables pour Henri Konan Bédié, qui résiste, pour le moment, tant bien que mal, au rouleau compresseur du pouvoir exercé par son ex-allié, mais, pour combien de temps encore ?

C'est à se renverser le fait que des bureaucratiques du FMI (Fonds monétaire international) qui ne sont plus à une hérésie près, découvrent, en ce début de troisième millénaire, l'une des plus grandes causes du maintien de l'Afrique dans le sous-développement, à savoir, la « fuite des cerveaux ». C'est comme si cette organisation venait de découvrir que l'Afrique est, majoritairement, peuplée de populations noires.