Ouattara Dramane.

A un journaliste qui voulait savoir en avril 2017 si le F CFA avait un avenir, le candidat, Emmanuel Macron, répondit : “Je le crois, mais c’est un choix qui appartient d’abord aux Africains eux-mêmes.” Si l’avenir de cette monnaie créée officiellement le 26 décembre 1945 dépend des Africains et si la France n’en tire aucun bénéfice, comme le prétendent certains officiels et hommes d’affaires français, pourquoi sa fin doit-elle être actée en Conseil des ministres du gouvernement français ? Ici, l’on ne peut se contenter de parler de paradoxe et d’incohérence. Paradoxe et incohérence qui ne datent pas d’aujourd’hui et que résume assez bien Léopold Sédar Senghor lorsqu’il demande au Seigneur de pardonner “à la France qui dit bien la voie droite et chemine par les sentiers obliques, qui m’invite à sa table et me dit d’apporter mon pain, qui me donne de la main droite et de la main gauche enlève la moitié, qui hait les occupants et m’impose l’occupation si gravement, qui ouvre des voies triomphales aux héros et traite ses Sénégalais en mercenaires, faisant d'eux les dogues noirs de l’Empire, qui est la République et livre les pays aux Grands-Concessionnaires et de ma Mésopotamie, de mon Congo, ils ont fait un grand cimetière sous le soleil blanc” (cf. “Hosties noires”, Paris, Seuil, 1945). Plus que l’inconséquence, nous avons affaire à un gros mensonge, un de plus, de la part des autorités françaises. Un mensonge aussi puant que celui de Sibeth Ndiaye qui déclarait, le 20 mai 2020, que “cette fin symbolique devait s’inscrire dans un renouvellement de la relation entre la France et l'Afrique et écrire une nouvelle page de notre histoire”.