Présidence à Vie

Le président russe, Vladimir Poutine, a annoncé, mardi, 10 mars, que la Cour constitutionnelle devra trancher s'il pourra ou non se représenter à un nouveau mandat présidentiel après l'adoption de sa vaste réforme de la constitution actuelle. Le président russe veut donc faire comme son homologue chinois, Xi Jinping, qui, lui aussi, était, récemment, revenu sur le principe d'un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois, après avoir vu que 10 ans n'était pas un délai suffisant pour faire aboutir ses réformes. Depuis la modification des institutions, Xi Jinping s'est installé dans une présidence à vie qui ne dit pas son nom. Pourvu que les Chinois en soient contents. L'ancien colonel du KGB veut-il, aussi, s'éterniser au pouvoir ? La Cour constitutionnelle dont on ignore la réelle indépendance vis-à-vis du président russe, ne tardera pas à trancher. Cela dit, on note que Vladimir Poutine pour ce qui le concerne, serait heureux de continuer à servir la Russie comme président de la République après 2024, fin de son actuel et dernier mandat.

C'est comme si un côté Hosni Moubarak sommeillait en Abdel Fattah al-Sisi. Après avoir remplacé Anouar el-Sadate, en 1981, suite à son assassinat, Hosni Moubarak avait, littéralement, confisqué le fauteuil de chef de l'Etat jusqu'en 2011, où il se faisait, régulièrement, élire par le parlement qu'il contrôlait totalement. C'est le Printemps arabe qui l'a surpris et fait partir. Après la parenthèse Mohamed Morsi à la tête de l'Etat, un frère musulman proche de la Turquie et du Qatar, l'armée à travers le général, Abdel Fattah al-Sisi, a pris le pouvoir, en 2014, pour rassurer le peuple contre les dérives dictatoriales de Morsi qui devenaient inquiétantes : il dirigeait l'Egypte comme une secte des Frères musulmans. Après avoir eu un début de pouvoir mouvementé, al-Sisi a réussi à stabiliser la situation. Maintenant, il met le cap sur le changement de la constitution qui lui permettrait de rester au pouvoir jusqu'en 2030. Au moins. Car quand on s'approchera de 2030, il trouvera moyen de prolonger son bail à la tête de l'Etat. La démarche est classique en Afrique. En imitant ses homologues du Sud-Sahara, le président égyptien n'invente pas le fil à couper le beurre.

Bien qu'il ait réussi à museler tous les partis politiques du Burundi, la société civile et les médias indépendants, le président, Pierre Nkurunziza, n'est pas rassuré d'obtenir le jackpot, lors du référendum du 17 mai. Un scrutin pour le moins très contesté qui devrait lui ouvrir la porte d'une présidence à vie à la tête du Burundi. Pourtant, les partisans du Non ont été empêchés de faire campagne. Leur vie ayant été mise sur la balance, beaucoup ont dû renoncer à faire des meetings. Dans tous les cas, le climat politique dans le pays est électrique. Et personne ne sait, à commencer par Nkurunziza lui-même, de quoi le Burundi sera fait, après ce référendum très contesté.

A force de croiser les chefs d'Etat africains, dictateurs pour la très grande majorité d'entre eux, qui souhaitent, généralement, mourir au pouvoir, le numéro un chinois, Xi Jinping, a fini par faire comme eux : rester, demeurer au pouvoir aussi longtemps que possible et y mourir même. On pensait que la Chine, qui avait opté pour l'alternance politique avec deux mandats uniques par dirigeant, quelles que soient ses prouesses au pouvoir, donnait le bon exemple aux dictateurs africains qui, eux, s'accrochent à la tête de l'Etat pour y mourir. Le principe de deux mandats adopté, aussi, par la Russie, faisait, plutôt, école dans le monde. Seuls traînaient les pieds, certains pays africains, surtout, francophones, à cause, très souvent, de la Françafrique. Mais, voilà que la Chine revient en arrière en balayant cet acquis de deux mandats hérités de l'ère Deng Tsiao Ping. C'est une grande déception. Ce dimanche, 11 mars, est un très mauvais jour pour la démocratie en Chine. C'est, aussi, une journée noire pour la démocratie en Afrique, actuel meilleur partenaire économique de la Chine.

Yoweri Museveni veut mourir au pouvoir. Contrairement à Camarade Bob, il n'a pas annoncé qu'il serait, toujours, président à 100 ans, mais, ses actes parlent pour lui. Sous son instigation, les députés ont voté, mercredi, 20 décembre, à une très large majorité, la suppression de la limite d'âge pour être élu président, ce qui ouvre la voie à une nouvelle candidature, en 2021, du chef de l'Etat, Yoweri Museveni. Agé de 73 ans, l'ex-guérillero pourra, également, se représenter en 2026, et peut-être qu'à cette date, il modifiera, à nouveau, la constitution pour pouvoir se représenter en 2031, et pourquoi pas, en 2036 ? Bref, il s'agit d'une présidence à vie qui ne dit pas son nom. Objectif : mourir au pouvoir comme un demi-dieu.

Le camarade-président, Yoweri Museveni, n'est plus populaire. Agé de 72 ans dont 31 au pouvoir, l'ex-guérillero ne fait plus rêver, le pouvoir l'ayant, fortement, émoussé. Pourtant, son mandat actuel court jusqu'en 2021 et lui laisse la possibilité de se succéder à lui-même, ce que l'intéressé, du reste, compte faire, en modifiant la constitution pour faire sauter le verrou de la limitation de l'âge. Là, colère noire de trois militants de l'opposition qui ne veulent plus « se taper » le même président, après la fin de ce mandat. Pour montrer leur souhait de voir Museveni quitter le pouvoir, ils ont ni plus ni moins organisé ses funérailles, provoquant une véritable stupeur au palais présidentiel, à Kampala.

Le président burundais, Pierre Nkurunziza, a mis en place, vendredi, 12 mai, une commission chargée de proposer dans un délai de six mois, une révision de la Constitution dont le but est d'inclure la fin de la limitation des mandats présidentiels. Autrement dit, la politique de « j'y suis j'y reste » fera de Nkurunziza un président à vie.

Après avoir muselé la presse et l'opposition dont certains ténors sont, carrément, en prison comme Victoire Ingabire, le dictateur rwandais, Paul Kagame, vient de dérouler une mascarade de référendum, dont le seul but est de mourir au pouvoir. Mais le monde changeant, Kagame devrait savoir que les choses ne se passeront pas ainsi.

Alors que le continent, dans son ensemble, progresse, une certaine Afrique régresse. Celle dont les présidents cherchent à mourir au pouvoir. C'est le cas, notamment, du Djiboutien, Omar Guelleh, qui perpétue une dictature ni vue ni connue, du Rwandais, Paul Kagame, du Congolais et sanguinaire, Sassou Nguesso, et de quelques autres.

Les Etats-Unis viennent de condamner le processus de réforme constitutionnelle qui conduit le président, Paul Kagame, à être en poste, au moins, jusqu'en 2034. A Paris, c'est comme si on disait, « Circulez, n'y a rien à voir » !

Le général, Paul Kagame, un ancien maquisard qui se respecte, vient de conduire, presqu'à son terme, le processus qui lui permet de devenir président à vie. Objectif : échapper à la justice internationale, alors qu'il est accusé de génocide.