Sassou Nguesso

Pour les militants de l'UPC (Unis pour le Congo), le parti dont Paulin Makaya est le président, la justice congolaise démontre, par son verdict, de ce jour, sa capacité de nuisance dans le pays. Mais, il y a aussi, et surtout, que le dictateur veut avoir quelques cartes (de négociation) en main, avant le fameux dialogue en préparation.

C'est comme si le dictateur était atteint d'une maladie contagieuse. Personne n'en veut à Kinshasa où il a offert ses bons offices.

Plus de vingt années de litige, et ce n'est pas fini : la justice française a validé, jeudi, 30 juin, la saisie d'avoirs, en France, du Congo, un rebondissement, de plus, dans le conflit qui oppose Brazzaville à un homme d'affaires libanais, Mohsen Hojeij.

Pour la première fois depuis plusieurs mois, le dictateur a quitté Brazzaville, lundi, 13 juin, pour participer à un Sommet, à Luanda, où il a passé la nuit. Il a pris son courage à deux mains après avoir obtenu toutes les garanties de son homologue, José Eduardo dos Santos, de voler à son secours si quelque chose lui arrivait pendant son séjour en Angola.

Le dictateur ne passe plus la nuit hors du Congo-Brazzaville. Cela veut tout dire. Il sait qu'il ne fait plus l'unanimité dans son camp politique et dans son armée. Mais, grâce à ses réseaux, il plie sans rompre.

Pour que Bongo Ondimba Ali (BOA) accepte d'aller implorer la clémence du dictateur, sur ses terres, à Oyo, il faut que ça aille très mal pour lui, sinon, il s'en serait passé. Sassou est-il, donc, devenu (si) incontournable dans la survie présidentielle de BOA ?

C'est une grande première au Congo car il n'y a pas si longtemps, le camp présidentiel bottait en touche quand on lui évoquait le mot « Dialogue » qu'il souhaitait, par ailleurs, enlever du vocabulaire politique national. Aujourd'hui, beaucoup d'eau a coulé sous le pont. Au PCT et au gouvernement, on reconnaît, en privé, que le dictateur n'est plus que l'ombre de lui-même. Et qu'il vaut mieux, vite, s'asseoir et parler. En frères sœurs.

Sassou Nguesso n'aime pas qu'on lui résiste. C'est le propre d'un dictateur. Habitué à avoir tous les hommes et toutes les femmes du Congo à ses pieds, il est, désagréablement, surpris à chaque fois qu'on lui oppose une fin de non recevoir. Voilà ce qui a conduit droit en prison Paulin Makaya.

Le dictateur est très mal à l'aise d'avoir entrepris un combat qu'il n'était pas en mesure de gagner. Celui du rappel de l'ambassadrice de l'Union européenne, Saskia de Lang, à qui il est reproché de bien faire son travail. Le dictateur avait brandi la même menace l'année dernière à l'encontre de Stéphanie Sullivan. Oncle Sam lui avait opposé une fin de non recevoir. Conclusion : contrairement à Brazzaville, Bruxelles et Washington ne sanctionnent pas leurs diplomates pour avoir fait du bon travail.

Le dictateur a pu parler mercredi, 18 mai, dans la soirée, au téléphone, avec le secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-moon. L'initiative de l'appel revenait à ce dernier, qui a (re)demandé au dictateur d'ouvrir le Pool aux humanitaires et de dialoguer avec l'opposition.

Saskia de Lang restera ambassadrice de l'Union européenne au Congo-Brazzaville. Décision de Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne. Tout comme, l'année dernière, John Kerry avait tapé du poing sur la table quand le dictateur avait osé demander le rappel de Stephanie S. Sullivan. A chaque fois, c'est la honte, toute bue, pour le dictateur.

Le petit despote de Bujumbura vient de demander de l'aide financière au président angolais, José Eduardo dos Santos. Après avoir remué ciel et terre pour rester président du Burundi, Pierre Nkurunziza ne sait plus quoi faire de son pouvoir qui commence à lui brûler les mains.

Le Congo Brazzaville est dans une situation complexe. Depuis la "victoire" (avec 8% des voix) du dictateur, la crise multidimensionnelle qui existe dans le pays, depuis une  décennie, a atteint son paroxysme.  Il n'est plus un secret pour personne que les élections au Congo ont, toujours, été le véritable motif des violences, dont la très violente guerre civile de 1997. Mathias Dzon avait refusé d'y aller. Ses amis pensent qu'il a eu raison de ne pas aller à la présidentielle. Maintenant, il invite l'opposition à s'organiser pour affronter le dictateur dans un futur et incontournable dialogue.

La communauté internationale, par sa fermeté actuelle, veut contraindre le dictateur au dialogue avec l'opposition. C'est la chose que Sassou Nguesso craint le plus au monde, depuis qu'il est sorti (vivant) du ventre de sa mère.

Bientôt, les Congolais n'auront plus que leurs yeux pour pleurer. Le pays n'est plus très loin de la cessation de paiement.

Le marabout nigérien, Tandja Bachir, a fait une mise au point fracassante parue dans la presse (Brazza News-Congo Objectifs du 4 août 2015) aux termes de laquelle, il a eu des démêlés avec le président, Denis Sassou-Nguesso, en faveur duquel il travaillait depuis le 21 décembre 1997 pour envoûter le peuple congolais afin de le soumettre mystiquement à sa personne.

On savait que Sassou Nguesso arrive à conserver le pouvoir par la ruse et le sang. Dans cette interview, l'ancien premier ministre, Alphonse Souchlaty Poaty, fait état de révélations fracassantes qui peuvent déstabiliser le clan qui dirige le pouvoir congolais.

Sassou Nguesso a désigné Clément Mouamba premier ministre chef du gouvernement. Mouamba n'aura pas à choisir à proprement parler les ministres avec qui il souhaiterait travailler. Il a trouvé la liste du gouvernement déjà toute faite, prête à être consommée.

L'Union africaine n'attend que le feu vert du dictateur pour désigner un médiateur de la crise congolaise. De son côté, Ban Ki-moon vient en renfort dans un courrier où il lui demande de favoriser le dialogue avec l'opposition.

Sassou Nguesso a beau résister à la communauté internationale et être plus fort que le ciel et la terre réunis. Il est, déjà, acculé. Sa situation risque, même, de devenir intenable s'il n'a pas la sagesse de desserrer, vite, l'étau.