Sassou Nguesso

Fausse attaque du Sud de Brazzaville, incessants bombardements de plusieurs localités du département du Pool, interdiction des manifestations, mise en résidence surveillée de trois anciens candidats à la présidentielle, mise de Brazzaville sous état de siège comme s'il y avait un coup d'état dans l'air. Résultat : une investiture au rabais. Question au dictateur : « Tout ça pour ça » ?

Cette question est plus que jamais posée. A quelques heures de l'investiture d'un « vainqueur » qui a, royalement, perdu l'élection. Et qui rend, sans objet, le pouvoir du vote libre arraché par les Congolais et les Congolaises, lors de la Conférence nationale souveraine de 1991.

Le dictateur ne tient plus debout. Il a de plus en plus peur de tomber à tout moment. Pour sauver son siège, désormais, éjectable, il utilise des méthodes d'un autre temps. Après le bombardement par son armée des localités du Pool, il s'est mis à mettre ses opposants en prison à tour de rôle. Après Okombi Salissa et Mokoko, c'est le tour de Claudine Munari d'être privée de ses mouvements. La ville de Brazzaville est devenue une prison à ciel ouvert.

La chasse aux lettres de félicitation bat son plein à Brazzaville. Deux services, à la présidence de la République et au Ministère des Affaires étrangères, ont été réquisitionnés, à cet effet : coups de téléphone, emails, fax, émissaires, tout y passe. Le dictateur est, véritablement, aux abois.

Le dictateur continue de mobiliser les énergies de notre rédaction afin que ses multiples et innombrables forfaits et méfaits ne passent pas sous silence, bien qu'il adore agir, dans la nuit, dans le noir complet, ni vu ni connu. Nous n'avons pas eu tort de le mettre à la une. Ses faits d'arme le prouvent : il est, actuellement, sur la sellette.

Comment Sassou Nguesso peut-il dire avoir gagné les élections dès le premier tour avec 60,39% des voix (comme il l'a clamé haut et fort) et envoyer l'armée massacrer les gens qui l'ont élu ? Arrivera-t-il à mater, dans le sang, comme il a commencé à le faire, l'IDC et le FROCAD qui refusent cette forfaiture ?

Le dictateur est en train de remuer ciel et terre pour débusquer un des 5 Grands Candidats de l'opposition pour en faire un allié devant la communauté internationale. Guy Brice Parfait Kolelas sera-t-il cet allié ?

Après avoir créé la panique hier à Brazzaville pour permettre la proclamation (passée sous silence) de sa victoire par la Cour constitutionnelle (aux ordres), le dictateur est passé aujourd'hui à la seconde phase de son plan : le pilonnage en règle des localités de Mayama et Soumouna, et l'encerclement par des blindés de l'armée des candidats jugés dangereux.

Annoncé hier, à Niamey, Sassou Nguesso a, plutôt, voyagé ce matin, au départ d'Ollombo (Oyo), afin d'assister à l'investiture du président, Mahamadou Issoufou, et quémander, par la même occasion, des soutiens auprès de ses homologues présents à cette cérémonie.

Alors qu'il adorait voyager pour se faire congratuler par ses homologues, voilà Sassou Nguesso qui préfère, maintenant, rester cloîtré entre les quatre murs de son palais. Pour le moment, on ne parle plus d'escapades qu'il affectionne en temps normal. Car, justement, le temps est devenu anormal pour lui.

Sassou Nguesso n'est plus le bienvenu dans les instances qui comptent. La façon dont son ministre des Affaires étrangères vient de se faire jeter à Addis Abeba montre qu'il a perdu tout crédit sur le plan international, et, surtout, qu'il n'est pas le vainqueur de l'élection présidentielle du 20 mars.

Sassou a le cœur qui bat fort depuis qu'il s'est octroyé la victoire avec 60,39% au premier tour de la présidentielle. Il sent que son très fragile pouvoir peut basculer à tout moment comme ce fut le cas pour celui de son frère de Ouagadougou aujourd'hui exilé à Abidjan.

Le dictateur a mis le cap contraint forcé sur Bangui. En tant que médiateur de la crise centrafricaine, qui lui permettait d'occulter, sur le plan international, ses multiples entraves aux libertés et droits de l'homme, au Congo, il devrait y prononcer un discours. Le dernier. Toutefois, il sera perçu comme un exemple à ne pas suivre : un chef d'Etat qui organise son passage en force électoral à 3 heures du matin, après avoir posté 5.000 militaires et policiers dans Brazzaville.

Sassou Nguesso est en train de tout faire pour que la journée de désobéissance civile du mardi, 29 mars, connaisse un échec. Malheureusement, c'est, maintenant, lui qui subit les événements, et non le contraire, comme avant.

Les nuits du dictateur sont de plus en plus courtes. Comment va-t-il se sortir de cette mauvaise passe ? Vainqueur auto-proclamé (par KO au premier tour) de la présidentielle du 20 mars, il ne sait quoi faire de sa « victoire » qui lui brûle les doigts.

Les enjeux ne sont, certes, par les mêmes : au Sénégal, le président, Macky Sall, propose une réforme constitutionnelle afin de moderniser la vie politique. Au Congo-Brazzaville, c'est le destin du pays qui se joue : les troubles avec des lendemains incertains si Sassou passe en force alors qu'il est (très) minoritaire dans le pays. Aux Congolais de sauver leur pays.

La campagne présidentielle bat son plein au Congo. Bien que Sassou Nguesso ait confisqué les médias d'Etat à son seul et unique profit, il y a des signes qui montrent que sa dictature touche à sa fin.

Candidat déclaré à sa succession depuis vendredi, 19 février, Denis Sassou Nguesso n'était pas, spirituellement, présent à Kintélé où se passait son fameux dialogue avec les jeunes étudiants de la future université « Denis Sassou Nguesso ». Le sanguinaire était ailleurs, terriblement, hanté par le fantôme de Mokoko.

Candidat à sa mort à la tête du Congo, Denis Sassou Nguesso est en train de voir, à contre-coeur, cette hypothèse, inexorablement, s'éloigner. Il conjugue, pourtant, les efforts pour la rendre possible. Mais on y croit de moins en moins dans son clan.

Sassou Nguesso n'avait pas d'autre choix que de se dévoiler ce matin, devant les députés convoqués en session extraordinaire. L'élection présidentielle aura lieu en mars 2016. Candidat à sa succession, mais pas encore déclaré, il cherche comment l'annoncer à son peuple afin que la pilule passe au niveau de la communauté internationale.